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dimanche 8 décembre 2019

TISIPHONE OU LA VENGEANCE - CHAPITRE 9



Tout me ramène à l’instant où le fils hybride d’Alban a sucé le sein et le sang de sa mère. Mais de l’offrande du pouvoir maternel, il n’a su retenir que le coté maléfique. De la sagesse infinie de son père, il n’a gardé que la redoutable intelligence. De sa double nature, il n’a conservé que bâtardise et dégénérescence. De l’union si parfaite, il a détruit le corps physique. Pourtant, dans son infantile ignorance, il a enseveli ce qu’il ne pouvait anéantir.
C’est lui ; c’est encore lui aujourd’hui qui me déchire et me dévore. Les lambeaux de mon être s’échappant de mon antre, c’est lui qui les arrache et me les vole. Ne lui-a-t-il pas suffi de m’inhumer dans la pierre antédiluvienne ? Faut-il qu’après ce temps infini il vienne encore me tourmenter ?
Je le revois sortir de mon ventre, cet ersatz de poupon vivant. Le sourire de son père, cet homme au rire moqueur et à la voix chaude, m’avait alors instantanément guérie des douleurs de l’enfantement. Une simple apposition de la main d’Alban sur mon bras et son aura m’avait à nouveau enveloppée comme une protection séculaire. J’avais intensément ressenti la parfaite harmonie dont nos deux âmes ne finiraient jamais de se repaître.
Ce père s’apprêtait à faire le don de lui-même à ce nouveau-né. Il était prêt à tout offrir en récompense du cadeau de cette vie nouvelle, de ce prolongement de lui-même auquel il ne s’attendait pas, qu’il ne m’avait pas même demandé.
Nous en étions là, à accueillir un enfant parce qu’au début de notre rencontre, et en réponse à son refus de me traiter en déesse comme tous les mortels l’avaient fait jusqu’à présent, j’avais résolu de me comporter en humaine. Alban avait récusé toutes les évidences et ne voulait pas voir en moi autre chose qu’une femme aussi belle et puissante soit elle. Il m’avait ainsi traitée en égale et m’avait donné une place dans ce monde. Il existait enfin un endroit pour moi, un foyer où vivre, une famille qui m’acceptait, qui ne me vénérait ni ne me craignait comme un être hors norme. J’avais donc été jusqu’au bout de ma folie en m’imaginant que porter la vie en moi serait l’acte ultime capable de me restituer une humanité que je n’avais peut-être jamais eue. Nourrir en mon sein une graine de vie humaine devait, sans nul doute, me transformer et me permettre d’atteindre la mortalité que j’appelais depuis tant de siècles de solitude. La procréation allait également donner à mon bien-aimé une descendance qu’il se lamentait de n’avoir pas encore. Il ne s’aperçut que tardivement de ma grossesse et les quelques mois qui restaient à attendre passèrent comme un divin enchantement. Lorsque vint la gésine, il était présent et se réjouissait de cet avènement.
Nous en étions là et nous avons vécu les trois premières semaines comme un rêve. L’enfant, nommé Klaus, en mémoire du père de son père, ressemblait à s’y méprendre à un bébé. Dans les premiers jours, il tétait goulûment et dormait à poings fermés la plupart du temps. Sa chambre avait été décorée avec le plus grand soin exposant une féérie de personnages et d’animaux joyeux aux ventres rebondis. Les tentures de velours paraient l’endroit de teintes douces lui donnant un aspect de cocon où sommeiller en toute quiétude. La gouvernante surveillait de près les moindres mouvements et humeurs du chérubin. C’est elle qui s’interrogea la première sur le développement très rapide de cet être de chair. Il grandissait à un rythme bien trop rapide. Son caractère s’affirmait un peu plus chaque jour. Ses membres poussaient comme de la mauvaise herbe. Ses traits se durcissaient déjà alors qu’il n’était sorti de mon ventre que depuis dix jours. Sa tête gonfla en une nuit semblant contenir un cerveau démesuré et ses dents… ses dents… Les médecins n’y comprenaient rien ou, pire, nous disaient de nous réjouir d’avoir un enfant si précoce. « Il a la force de son père et la volonté de son grand-père » furent les mots du dernier docteur à l’avoir ausculté, avant que les dents pointues ne transpercent sa main.
Nous en étions là lorsque Klaus ne fut plus un enfant. Une vingtaine de jours avait suffi. L’avait-il jamais été ? Son petit corps rondelet s’était mué en une longue chose difforme sous une musculature d’homme. Nous ne savions que faire face à une croissance aussi inattendue. Sur son visage à l’ossature marquée, des yeux emplis de colère surmontaient une mâchoire prognathe. Il n’avait pas eu le temps d’acquérir de langage malgré son aspect d’adulte. Il s’exprimait par des borborygmes et des cris qui perçaient nos tympans. Nous ne comprenions pas pourquoi, après avoir été choyé, il nous opposait une humeur faite de haine et de mépris. Son père tenta de l’apaiser puis, finalement, de le corriger par la force puisque la douceur ne portait pas ses fruits. Alors que Klaus déchirait méticuleusement les riches livres d’images, il les lui arracha des mains et une claque tomba sur sa joue osseuse.
Dans l’instant, le regard de son fils se changea en braises malveillantes. Un long hurlement de loup monta de sa gorge et ses doigts, lâchant le papier, se refermèrent sur le cou de mon bien-aimé. Le combat fut rapide malgré la différence de taille. L’enfant au corps filiforme se tortillait comme une anguille pour éviter les coups de son géniteur qu’il étranglait. Nos tentatives pour l’arrêter furent violemment repoussées à coups de pieds cachectiques. Lorsque le dernier souffle s’échappa de la bouche d’Alban, Klaus lâcha prise et le corps tomba sur le sol dans un bruit mat que je n’oublierai jamais. Mais sa colère n’était pas encore assouvie.
Cinq gardes étaient accourus en entendant les cris en provenance des appartements. Aucun d’eux n’avait réussi à approcher le champ de bataille et aucun n’avait pu empêcher l’assassinat de son maître. Ce fut un carnage. Klaus se rua sur eux dans un mouvement si vif qu’ils n’eurent pas le temps de réagir. Toutes dents dehors, il égorgea, coupa les membres et les têtes qui tombaient ensanglantées et encore hurlantes de douleur. Les restes des corps volèrent en tous sens comme fétus de paille. En aller-retours sauvages et calculés, il décima en un clin d’œil les cinq hommes d’armes.
Pendant ces scènes d’horreur, je restais terrassée par l’incompréhension. Comment un bébé tout juste né pouvait il détenir cette force et commettre une telle tuerie ?  Le spectacle de mon frère d’âme tombé sous la main de son fils me terrifia. Prostrée dans l’encoignure de la fenêtre, les yeux agrandis d’épouvante, je n’arrivais pas à aligner une seule pensée avec elle-même. Lorsque le dernier soldat fut occis, le regard de braise se tourna vers moi. Je vis alors au plus profond de ses pupilles brûler les flammes infernales. Cet être n’était pas un enfant, pas mon fils… pas humain. Cette idée en amena d’autres en quelques fractions de seconde. Il était issu de mon ventre et de la sève de mon alter-ego mais il semblait détenir un pouvoir thaumaturgique. Pouvait-il tenir de moi une puissance aussi démoniaque ? Je n’avais jamais usé de mes dons pour faire le mal même s’il m’était arrivé de m’en servir à mon bénéfice. La culpabilité d’avoir engendré un tel monstre se disputait la place dans mon esprit avec l’urgence à le contrer. Il s’avançait à pas lents vers la fenêtre où je m’étais blottie. La gouvernante passa une tête hagarde par la porte et Klaus, d’un geste négligent, sans même se retourner vers elle, leva en arrière une main effilée d’où sortit un éclair rouge. Il frappa le front découpant nettement le crâne et faisant bouillir le cerveau qui s’éparpilla sur le plancher.
Son pouvoir grandissait à chacun de ses pas. Il grondait, entre ses dents pointues, un râle de bête sauvage et affamée. Ses yeux ne quittaient pas les miens. J’avais l’impression que, de loin, il suçait encore mon sein… non, mon sang, mes facultés, mon âme. Un brusque sursaut de rage me fit réagir lorsque je sentis qu’il me vidait de ma substance. J’utilisais mon ascendant de mère pour lui ordonner de cesser ces actions. Il ne cilla même pas.  J’usais de mon pouvoir en ajoutant un envoûtement pour commander à ce qui, quelque part, était peut-être encore humain. Il ne montra aucune réaction. L’ordre formel et absolu de stopper, dans la seconde, son avancée lui fut imposé dans un puissant influx magique mais il ne dérogea toujours pas à sa décision. Enfin, la contrainte psychique de reculer devant ma suprématie fut violemment jetée au plus profond de son cerveau. C’est alors que je compris qu’il n’en possédait pas, que son être n’était pas gouverné par autre chose que le mal sans entendement d’aucune autre sorte. Alors, je me levai, le dos à la fenêtre, et tendis mes mains en avant, bien décidée à user de tous les moyens quels qu’ils soient.
De lui émanait le feu des rives du Styx et des flammèches dansaient tout autour de son corps malingre. Je le fixais intensément et lançait un puissant jet liquide destiné à le déstabiliser. Dans ce monde ou dans l’autre, l’eau a toujours eu raison du feu. Le jaillissement l’atteignit en pleine face. Les lueurs rougeoyantes s’affaiblirent un court instant tandis qu’il recula d’un pas. La surprise qu’une mère ose s’en prendre à son fils, peut-être ? Mais ces notions étaient-elles présentes dans cet être maléfique ? Il essuya son visage d’un revers de main. L’eau s’évapora instantanément laissant planer quelques vapeurs blanches bien vite disparues. Son râle devint un grognement de loup prêt à me sauter à la gorge et à me déchiqueter. Je fis un pas de côté, tentant de m’éloigner. Il glissa dans le même sens pour conserver la distance entre nous. Son regard dément vrillait mon cerveau et tentait de m’imposer sa loi. Il suçait encore, de loin, ma substance intime. Il s’abreuvait à ma source de vie et je sentais déjà mes forces s’amenuiser. D’où tenait-il une puissance capable de m’amoindrir ?  Se pouvait-il que je lui ais offert, avec la vie, la clé éternelle de la souveraineté ? Il me fallait trouver une autre stratégie pour anéantir ce vampire des œuvres de Satan.
Je me campais sur mes pieds alors qu’il ne faisait que progresser davantage. De mes bras ouverts, j’embrassais la salle entière et projetait des pics de glace acérés. Ils emplissaient l’espace et fusaient en tous sens dans un chuintement continu. Certains transpercèrent ses membres mais la plupart furent évités par son corps d’anguille. Ceux qui l’avaient touché ouvrirent des plaies desquelles ne s’échappait pas un sang humain. Des bouillonnements d’un noir liquide suintèrent sur le sol de dalles et y percèrent des trous ronds et fumants. Ce qui n’était plus vraiment Klaus recueillit sa lymphe de jais et la projeta sur moi. Dès son contact, mon corps physique se mit à flamber telle une torche humaine. Ma chair cramoisie se dissolvait déjà sous la terrible chaleur. Ma peau, mes muscles et mes fibres fondaient autour de moi et répandaient des flaques bien vite évaporées. Mes os furent bientôt brûlés et commençaient à tomber en poussière. Je disparaissais petit à petit.
Mais mon pouvoir subsistait sans avoir besoin de matérialité. Mes efforts redoublèrent et j’interposai une plaque gelée entre lui et moi. Il prit une profonde respiration et souffla un vent de géhenne. La protection fondit en quelques infernales secondes. Il était à deux pas de ce qui restait de moi maintenant, me montrant ses dents et ses griffes animales, et il m’était de plus en plus difficile de ralentir la désagrégation de mon énergie vitale. Je rassemblai  mes forces et ma volonté et je lui assénai mon ultime ressort. Une bourrasque sibérienne se leva entre les pierres de ce qui fut sa chambre. Elle s’insinua dans les interstices, les recouvrant de givre et un sol de gel recouvrit les dalles. Des flocons de neige dansaient dans l’air suspendu entre nous. L’air blanc sembla vibrer un instant dans une polaire immobilité.
Klaus eut un instant d’hésitation comme une difficulté à se mouvoir et interrompit sa marche létale. Je donnai de moi tout ce qui vivait encore dans mes restes et mon cœur calcinés. Une lutte sans merci se jouait et tantôt il faisait un pas en arrière tantôt il reprenait l’avantage. Le château tout entier et peut-être, au-dehors, la contrée devaient être ensevelis sous une blancheur antarctique. Je maintenais la pression sentant la victoire à porter de ma main. Il hurlait et le sang noir de ses plaies se muait en cristaux de glace avant de toucher terre. Je résistais, tentais de le repousser, gagnais un pas et puis deux.
Alors, ce monstrueux bâtard usa d’un subterfuge pour dévier mon attention. Le corps sans vie d’Alban se leva soudain devant moi et je crus, l’espace d’une infime seconde, que mon amour était revenu de l’antre des morts. Klaus profita de mon désarroi pour lancer un tranchant éclair de feu qui ouvrit le sol sous mes pieds. Un gouffre obscur avala d’un coup les lambeaux éthérés de mon être et les engloutit jusqu’au plus profond d’une cavité de pierre qui se referma aussitôt sur moi.
Pourtant, aujourd’hui, mon heure est venue, celle de punir cette engeance.

samedi 30 novembre 2019

TISIPHONE OU LA VENGEANCE - CHAPITRE 7 et 8


Mes forces s’épuisent à combattre l’inéluctable.Petit à petit, ma substance la plus intime s’échappe de ce lieu et me vide de toute ma puissance. Vers quel endroit se dirige-t-elle ? Quelle est cette voix juvénile qui me vole mon être ? Elle m’attire inexorablement et me rebute au plus haut point. Chaque parcelle, avant de me quitter, me confie son désir de s’abreuver à la source de vie. Chacune vibre d’un élan incontrôlable résonnant tel le pur cristal au plus profond de moi. Elle me fuit en ne me laissant que sa soif dévorante et en emportant avec elle son immense espoir d’assouvissement. Je me sens laminée et j’attends pour bientôt le moment où je serai réduite à l’état de poussière attendant le souffle léger qui la dispersera. La main d’acier a tant resserré ses doigts sur mon cœur qu’il n’en subsiste plus qu’un noyau prêt à éclater. De moi, maintenant, il ne reste qu’une légère sensation d’avoir été, que le souvenir de ma présence dans cette gangue de pierre, que l’essentiel concentré en un poing refermé sur lui-même. 

Là-haut, à des lieues infinies, se joue une partie à l’issue de laquelle mon pouvoir, peut-être, s’étendra à nouveau. Je sais que cette lutte doit être gagnée ou je ne serais plus jamais. Les bribes de moi, en fidèles soldats, se sont, à présent, mises en ordre de bataille. Cela m’apparaît bien mieux depuis que je suis vidée de mes pensées parasites. Qu’avais-je donc à vouloir rester dans ce monde souterrain alors que le nectar de vie coule à flots au-dehors ? Que n’ai-je depuis longtemps rassemblé mes dons pour les jeter à la face de ce monde d’en-haut si imbu de lui-même ? Il est maintenant évident qu’il me faut lancer toutes mes forces dans ce combat, laisser dépérir ce qui me reste de cœur pour m’en évader et suivre la puissance qui m’a toujours gouvernée. Les fibres de ce que fut mon corps l’ont compris avant moi et me tracent le chemin hors de cette tanière froide et obscure indigne de moi. Elles s’élèvent contre ma volonté consciente mais savent viscéralement que de cette nouvelle étape dépend ma survie. Elles m’entraînent irrésistiblement et me mèneront à la victoire.

Quelques-unes déjà ont pris place au-dehors. Elles ont léché la chair de la vie et en réclament davantage. Savourant la douceur sous leurs dents acérées, elles se sont nourries de la tendresse immature et m’appellent au festin. J’hésite encore à fermer derrière moi la porte de carbone. Que serais-je là-bas ? Garderais-je l’essence de mon être ? Récupérerais-je la puissance qui fut mienne ? Mais il n’est déjà plus l’heure de délibérer et tout me conduit à la guerre qui ne m’opposerait plus à moi-même mais à ceux qui m’ont ravi mon existence terrestre.

Tout me conduit à nouveau à cet instant où le sourire juvénile a cessé de cacher les dents de loup. Où une petite main tendre s’est refermée sur mon épaule en serres déchirantes. Où un rire enfantin s’est transformé en ricanement sauvage. 
Mais mon heure est bientôt venue.

Chapitre 8

Mairie de Saint Chrysolide
Compte-rendu d’Assemblée Générale Extraordinaire du 03 Mars
Etaient présents :
M. PAVEAU Maire et Président de la séance
M. RAIMON Adjoint en charge de l’Urbanisme
Mme QUERRE Adjointe chargée de l’Enseignement et de l’Enfance
M. JORON Délégué aux Services Techniques
Mme FORNY Secrétaire de Mairie et secrétaire de la séance
M. LOPEZ Représentant de l’Académie
Mme LANGLOIS Directrice du collège Henri Martin
M. CREPIN Sous-directeur du Collège
Nombre de présents : 8
Le quorum de huit membres étant atteint, l’assemblée générale peut valablement délibérer. Est présent également M. CARTRAND Notaire représentant la famille DIETRICH.
La séance débute à 19h45

Ordre du Jour :
- Achat par l’Académie du terrain sis au lieu-dit La Pierre Blanche
- Aménagement dudit terrain en vue de la construction d’un gymnase et participation de la ville aux travaux
- Questions diverses
POINT I : ACHAT DU TERRAIN LA PIERRE BLANCHE PAR L’ACADEMIE
Monsieur le Maire rappelle que par délibération du  23 Novembre 2… le Conseil Municipal a accepté les orientations générales du Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Ville. En ce qui concerne le quartier de La Pierre Blanche, la maîtrise d’œuvre a été confiée à la Société Atelier Chrysolidien sous le contrôle de Mme Charlebourg, architecte urbaniste. Conformément à l’article L 123-8 du Code de l’Urbanisme, le Conseil Municipal a débattu du PADD et aucune observation particulière n’a été soulevée.
Monsieur le Maire expose que les héritiers de Mr et Mme DIETRICH ont mis en vente le terrain sis 666, rue de La Pierre Blanche et cadastré section 3 parcelle 25. Il est adjacent au collège Henri Martin et l’Académie avait, depuis de nombreuses années et par l’intermédiaire de Mme Querre, signalé son intérêt pour cette parcelle en raison de sa proximité avec l’école et de la facilité d’accès par l’arrière du bâtiment. Monsieur Cartrand, notaire des héritiers de la famille DIETRICH désireuse de se séparer de ce bien, a conclu la vente avec l’Administration en date du 25 Février et donné copie de l’acte notarié aux services Municipaux. Il a été validé par les Services Fiscaux en date du 28 Février.

POINT II : AMENAGEMENT EN VUE DE LA CONSTRUCTION D’UN GYMNASE ET PARTICIPATION DE LA VILLE AUX TRAVAUX
Monsieur le Recteur d’Académie a fait savoir à Monsieur le Maire que les travaux de construction seraient pris en charge par l’Administration dans leur intégralité mais que le terrain nécessitait un aménagement compte tenu de la présence d’une maison individuelle actuellement inhabitée. Il sollicite les services de la Mairie pour la destruction de cette habitation et le nettoyage des lieux avant les débuts des travaux de construction.
Monsieur le Maire demande à l’Assemblée de délibérer sur ce point. Il explique que ce service sera rémunéré par le Ministère de l’Education à sa juste valeur, qu’il sera facturé au temps réellement passé et aux tarifs habituellement appliqués par les professionnels. Il ajoute que, après consultation du délégué Monsieur Joron, les services techniques devront s’adjoindre les compétences de nouveaux personnels et que cela sera générateur d’emploi dans notre commune.
Enfin, le Budget Prévisionnel prévoyait une charge supplémentaire pour l’aménagement du terrain sis à La Collinette qui ne pourra être exécuté en raison des retards dus aux intempéries de l’hiver passé. Aussi, cette prévision peut être utilisée durant l’exercice comptable pour l’aménagement de La Pierre Blanche.
POINT III : QUESTIONS DIVERSES
Madame Langlois, Directrice du collège, demande si les enquêtes policières suite aux récents décès sont encore en cours et si l’Académie pourra disposer du terrain rapidement. Elle rappelle que les évènements ont été douloureux pour les élèves qui ont été très choqués de la disparition de leurs petits camarades et s’inquiète des avis de la population sur l’installation d’un bâtiment du collège dédié aux enfants précisément à cet emplacement.
Monsieur Raimon en charge de l’Urbanisme rappelle que le plan d’aménagement a été valablement approuvé et que rien d’anormal n’a été relevé sur ce terrain ou dans le sous-sol. Tous les sondages et expertises se sont révélés négatifs et les pompiers eux-mêmes n’ont pu démontrer une quelconque anomalie soi-disant inexplicable. Il rappelle que cette assemblée ne doit pas se laisser aller aux spéculations sans fondement ou à une sensiblerie hors de propos.
Madame Querre en charge de l’Enfance soutient Madame Langlois et ajoute qu’il serait très indélicat de la part de la Mairie et préjudiciable au mandat municipal d’accepter la construction d’un tel édifice. Des dizaines d’enfants se réuniront chaque jour sur un lieu où sont décédés de manière brutale trois de leurs camarades. Elle demande que cette initiative fasse l’objet d’un renvoi à une date ultérieure dans l’attente des résultats des enquêtes en cours. 
Monsieur Paveau, Maire de la ville, rappelle que la vente privée a été conclue, que l’Académie souhaite débuter les travaux de construction le plus tôt possible et qu’elle est prête à débourser ce qu’il faudra pour l’aménagement de ce terrain. Une commune comme Saint Chrysolide, en pleine expansion, ne peut se permettre de refuser un nouvel aménagement pour le bien-être de ses administrés. Actuellement, l’ancienne salle de sport est devenue trop petite et ce gymnase sera très utile pour la future implantation d’une équipe de football sur notre territoire. En résumé, il ne tient qu’à cette assemblée de décider d’accepter cette proposition d’avenir, de valider la rentrée financière et la nécessaire création d’emplois des jeunes de la commune qui en découleront.
Les questions diverses étant épuisées, le Maire propose de passer au vote.
Nombre de pour : 6
Nombre de contre : 2

Après délibération, le Conseil Municipal, à la majorité des suffrages exprimés
APPROUVE la participation de la ville à l’aménagement du terrain La Pierre Blanche en vue de la construction d’un gymnase par l’Acédémie.
AUTORISE Monsieur le Maire à signer tout acte afférent à cette participation.
La séance est levée à 23h18 

samedi 2 novembre 2019



TISIPHONE OU LA VENGEANCE

Chapitre 1

Un jour nouveau. Un jour de plus. Mais qu’est-ce qu’une simple journée ? Ou un mois ? Une année ? Un siècle ?  Et même un millénaire ?
Je suis là depuis si longtemps que je ne compte plus. D’ailleurs, je ne sais pas quand tout cela a débuté. Suis-je née un jour ? Pour moi, l’éternité s’étale aussi bien vers le passé que vers l’avenir. On m’a donné tant de noms qu’aucun ne me correspond plus. Je me souviens pourtant de jours plus heureux où l’on était fier de me montrer à tous. D’instants de liesse où je paradais en tête des cortèges royaux. D’alcôves intimes et chaleureuses où l’on m’admirait et jalousait ma beauté. De fêtes flamboyantes où les plus grands seigneurs se vantaient de me posséder, moi qui ne fus jamais à personne. D’instants de grâce où l’on me couchait sur les plus belles tentures pour me vénérer telle une déesse vivante. Heureux étaient ces moments durant lesquels il m’était donné de côtoyer le monde extérieur et toutes ses richesses.
Mais, depuis longtemps, je n’ai plus vu la lumière du soleil. Existe-t-il encore cet astre qui exaltait mon éclat ? Aujourd’hui, je me contenterais d’un seul rayon de lune. Un seul suffirait à réchauffer mes veines glacées par des lustres de solitude et d’enfermement dans ce sous-monde noir et obscur. Ici, rien ne bouge, rien ne vit, rien ne luit. Seules, mes pensées occupent mon univers.
Depuis si longtemps, je n’ai plus entendu le souffle du vent dans les branches des sapins. Il y a tellement de temps que je n’ai plus senti l’odeur du feu de bois dans la cheminée ou le parfum des roses du jardin. Tant d’années… de siècles ? que je ne m’en souviens qu’à peine. Il me semble que seul subsiste mon esprit. Ai-je encore une matérialité dans cette gangue de pierre ? Dans cette froideur et cette noirceur, suis-je encore quelque chose ? Aucune sensation ne vient interrompre mes réflexions nocturnes. Mes idées fusent parfois sans que je puisse les retenir. Elles passent alors dans une fulgurance si violente qu’elles auraient dû détruire mon corps… si j’en avais un. A d’autres moments, elles ralentissent tant qu’elles en deviennent de cruelles obsessions. Une torture si lancinante s’empare de tout mon être qu’elle déchirerait mon cœur… si j’en avais un. Cela veut il dire que je ne suis plus rien ? Si tel est le cas, pourquoi et comment ces questions me viennent-elles ?

Je ne sais pas ni où ni quand je suis née. Je ne sais pas ni quand ni où je suis aujourd’hui. Et je ne sais plus si je suis encore quelque chose.

vendredi 25 octobre 2019

       TISIPHONE OU LA VENGEANCE


                Chapitre 2 


Annonce immobilière 18 mars: AFFAIRE A SAISIR

St Chrysolide, Lieu-dit La Pierre Blanche, tout proche de Lyon, terrain viabilisé de 952 mètres carrés, prêt à accueillir votre projet de construction. 24 900 euros. Contacter l’agence au numéro 04 27 85 20 46.Plus de détail…
...Ce terrain, propriété d’une famille aisée, a servi pendant de nombreuses années de potager et de jardin d’agrément. L’héritière, installée en région parisienne, souhaite s’en dessaisir, n’en ayant pas l’utilité. Il a été viabilisé en vue de permettre la construction. Il conviendra parfaitement à une famille avec enfants et animaux domestiques qui pourront s’y ébattre sur la superficie de presque mille mètres carrés. Aux alentours, le bois de Charmette offre une vue des plus agréables. Il jouxte la départementale, reliant le village à Lyon et à toutes ses commodités. A Saint Chrysolide, vous trouverez tous les commerces de proximité : épicerie, boucherie, boulangerie, école primaire, mairie, trésorerie, bureau notarial.

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Extrait du registre des arrêtés de Monsieur le Maire :
Vu la demande de permis de construire n° 215318752 présentée par Monsieur Dietrich Saïd
Vu l’objet de la demande :
- pour construction d’une maison
- sur un terrain situé lieu-dit « La Pierre Blanche » à Saint Chrysolide
- pour une surface de plancher de 218 mètres carrés
Article 1 : Le permis de construire est accordé sous réserve de respecter les prescriptions mentionnées à l’article 2 …… 
Le projet est soumis au versement de la taxe d’aménagement et de la redevance d’archéologie.
Fait à Saint Chrysolide, le 22 février                 
Le Maire adjoint en charge de l’urbanisme

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Annonces diverses 6 juillet :
pendaison de crémaillère
Mr et Mme DIETRICH Saïd et Mylène ont le plaisir d’informer leurs anciens voisins et tous les locataires de l’immeuble qu’ils sont cordialement invités à la pendaison de crémaillère de leur nouvelle maison. 
         VENEZ NOMBREUX 
Dimanche prochain au lieu-dit La Pierre Blanche à Saint Chrysolide. 
Début de la fête prévue à 11 heures.

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Liste des choses à faire avant la nouvelle rentrée 17 août / Mylène :
- acheter les fournitures scolaires de Zahia
- repasser les chemises blanches de Saïd
- m’inscrire au cours de Zumba
- aller voir le marché bio indiqué par la nouvelle voisine
- vérifier si on est bien inscrits sur les listes électorales

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Article du 23 novembre/ChrysolNews :
      DECES INEXPLIQUES 
   DANS NOTRE PETIT VILLAGE
La nuit dernière, un accident encore inexpliqué a provoqué le décès d’une famille entière dans notre charmant village de Saint Chrysolide.
Les Dietrich s’étaient installés sur le terrain de la Pierre Blanche depuis seulement deux mois et demi. 
Le père, Saïd, employé du bureau notarial avait parfaitement intégré la communauté et était particulièrement apprécié de ses collègues. Sa secrétaire, Céline, nous avoue «  C’était un homme charmant. Toujours très à l’écoute du client. Il m’a même parlé hier d’un projet personnel : ouvrir une guinguette pour que les gens s’amusent sur le bord de la rivière. Je suis vraiment très choquée par cette désastreuse nouvelle ».
 La mère, Mylène, occupait un emploi à mi-temps à la mercerie mais Madame Dugas, la propriétaire, n’a pas pu nous parler tant elle est effondrée par cette perte. 
Les Dietrich avaient une fille prénommée Zahia scolarisée au collège Henri Martin de notre village. Ses professeurs, interrogés ce matin, évoquent une enfant réservée mais souriante, bonne élève et amicale.
Les pompiers, dépêchés sur les lieux cette nuit, ont circonscrit l’incendie qui aurait débuté vers deux heures du matin au sous-sol. Dans leur récent déménagement, les Dietrich auraient ils laissés des produits inflammables trop près de la chaudière ? Les cartons non encore déballés auraient-ils fait office de combustibles dans ce qui serait alors un terrible accident domestique ? Pourtant, l’adjoint au commissaire de Police nous indique, à demi-mots, qu’il existe une étonnante fosse récemment creusée dans ce sous-sol et que le feu serait parti, semble-t-il, de cet endroit.
 Nous n’en savons pas plus dans l’immédiat. Mais nous poursuivons l’enquête et nous vous tiendrons informés de la suite dans un prochain article.
La cérémonie religieuse se tiendra dimanche prochain en l’église Saint Audrys à 10 heures.