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mercredi 9 septembre 2015

Les larmes des forêts

Et demain s'envoleront les forêts. Ne laissant à la terre que ses racines de chairs. Nous serons tous pendus aux déchets de nos vies et nous pourrirons nos carcasses dans le feu des enfers. Nos vertes prairies en charbon consumé, fumeront nos pensées que nous cracherons au silence des mers, comme nous tousserons nos cancers dans le froid de l'hiver.
Les arbres s'oublieront au céleste éphémère, que l'humain trop pressé, a changé en poussière. Et la terre brûlée chantera ses souffrances sous nos pas fissurés aux gerçures carnassières. Nous serons les cadavres vulgaires, entassés comme des fous dans la gueule des misères, qui s'apprêteront au festin sur l'autel de nos vaines prières.
Nos enfants, impuissants, "larmeront" leurs regards desséchés quand l'adieu des forêts glissera l'univers dans un souffle de verre. Ils s'arracheront les masques à oxygène, les testaments retrouvés sous les cendres des guerres. Ils s'arracheront l'héritage funeste de leurs pères, ces hommes inconscients à la conscience meurtrière.
Dans des boites de conserve, quelques ridicules petites bulles d'air, se vendront au marché noir sous l’œil engraissé d'un hideux ver de terre.
Les autres. Les autres dormiront sous les cartons souillés aux parfums nucléaires que les vieux, plus fragiles, vomiront en tumeurs rancunières. Et de temps en temps, un shoot de lumière dans nos veines goudronnées, une dose suicidaire de ce que nous avons massacrés. Et de temps en temps, nous vivrons la forêt, dans nos rêves effacés aux nombreux jets de pierres. 
Souvenirs irréels de ces matins vivants où la forêt ne savait pleurer que la douce rosée.
Et de temps en temps... La main sur le revolver.

¤ Cat ¤ 08/09/2015

jeudi 3 septembre 2015

Petite fleur des champs

Quelques marguerites ont fleuri dans le silence des nuits blanches. Une pétale pour un "je t'aime", et des centaines d'autres "d'un peu", "beaucoup".

Et là bas... Le corps nu de l'une d'entre elles, assassinée par un dernier "pas du tout". Abandonnée dans son cri chuchoté, elle coule sa dernière pétale comme on coule larme futile sur un amour à jamais disparu. Elle secoue sa tête jaunie sur le corps inerte de l'amoureuse, comme une caresse volée pour la faire frissonner. Une toute dernière fois. Mais sa peau trop pâle à fermé son regard aux passions. Le vent, en souffle agacé, hurle dans les arbres, sa colère soudaine. Le sifflement froid dans le creux de l'été. Le cri déchiré d'un appel à "trop tard".

Recouvert par le ciel obscurci de cette fin de journée, l'enfant attend la nuit pour s'oublier à son sang. Les pétales meurtries ont rougies simplement et la tige marguerite se désole lentement. Elle se voulait "beaucoup" pour l'entendre sourire, et s'espérait juste mourir dans un "passionnément" hurlé à la prairie.

A jamais amputée, elle périt tristement, s'écrasant, à bout de souffle, sur le corps endormi d'une trop grande éternité.

Et voici qu'elle s'immortalise sur la peau de l'enfant. Le baiser doucereux d'un adieu crucifié sur la croix des "pourquoi".

Et partout dans les bois, on entend hululer le hibou majesté. Et partout, on l'entend appelé la nature pour protéger cet enfant, où s'endort joliment, la petite marguerite, tatouée sur son petit corps blanc.

¤ Cat ¤ 

Note du chat : Ne cherchez point de fautes à "une pétale"... Je l'ai volontairement féminisé.

mercredi 15 juillet 2015

Géhenne (Ou l'enfer du harcèlement)


Les parfums du désert ensablés sur sa peau,

Voyagent jusqu'au noir de son regard brûlant,

Souvenir d'une terre aux senteurs de l'Orient,

Naziha se dévoile au criant de ses maux.




Quand se brillent au soleil ses reflets orangés,

Aymeric se coiffe de casquettes trop sombres,

Il écrit sur les murs ses douleurs en jeux d'ombres,

Les larmes de rousseurs sur ses deux joues tâchées.




Sous ses pulls troués où respire la sagesse,

Ses haillons d'oxygène au gris de sa misère

Lui baillonne son cri qu'elle voudrait ne plus taire,

Maëva dans sa faim se grignotte en tendresse.




Brin de charme latin au profond de ses yeux,

Grégorio se « pause » aux caprices de ses mots,

Il voudrait les vomir et les rendre plus beaux,

Tous ces sons écorchés qu'il bégaie dans l'honteux.




Elle est belle Marie sous le rouge de ses joues,

Ses gourmandes rondeurs dansent maux sur son corps,

Mélodies caloriques que ses grammes dévorent,

Mais que chante un sourire aux espoirs les plus fous.




Et Pierre au souffre d'une lecture troublée,

S'enlarme à lire ces mots qu'il ne comprend pas trop,

Comme un caillou jeté au fond de son cerveau,

Il alourdit sa peine et noie ses facultés.




Sur son visage griffé aux brûlures éternelles,

Rosa ose un sourire aux couleurs esthétiques,

Les flammes de l'accident ont comme un goût tragique,

Dans le regard des autres qui n'offrent plus leur ciel.




Naziha, Aymeric, Grégorio ou Marie,

Petites poupées qu'on assassine à coup de rire

A coup de mots jusqu'au souffrir, jusqu'au mourir,

Harcèlement qui se « silence » dans leurs cris.

- Cat - 15/07/2015

lundi 22 juin 2015

Psychose partagée (Ou la Folie à deux)

Quelques gouttes d'un désir
Dans le creux de ton oreille...
Ecoute

Chuchotements
Du bout de mes lèvres
Le long de ta colonne vertébrale
Comme un chemin de croix

Je respire…

La torture d'un baiser
En compte-cicatrices
Mords dans ta chaire
Violée
Coupée
Tailladée…
Morte

Tu as fui ton corps comme tu as fui le mien
Ne laissant que les cendres d'un amour trop violent
Nous sommes les étrangers dans le lit des souffrances
Et nous griffons nos draps pour parer nos fantômes

Nos regards ne croisent que le vide de nos coeurs
Qu'un destin fanatique à tranchée sans remords

Quelques larmes oubliées
Dans le creux de tes reins…
Un frisson

Ton regard s'écoule
En cascade sur nos maux
Il ne voit plus les beaux jours
Qui fleurissent nos âmes

Je pleure…

Et nous ferons l'amour aux portes de l'enfer
Toi et moi dans la mort enflammés à jamais
Ne crions pas la fin, nous vivons l'éternel
L'éternelle carnassière qui dévore nos demain

Les plaies de mon cerveau saignent mes pensées
Et j'ai mal

Je sens battre mon plaisir sous tes doigts en transe
Et j'entend ton cri bestial qui t'écorche le ventre
Nous voilà l'un dans l'autre sous l'hypnose d'un supplice
Exorcisés aux adieux qu'on transpire sous les limbes « nirvanesques »

Le Diable doit se réjouir...

Quelques gouttes de sang
Sous le coup d'un couteau
Crachent

¤ Cat ¤ © 19/06/2015

mercredi 3 juin 2015

Veux-tu rêver avec moi ?

Quand mon ciel obscurcit par le manque de toi
Me ténèbre la nuit et m’enlace au grand froid
Je rêve la lune dans le fond de tes yeux
Les étoiles filantes en reflet amoureux.

Viens rêver avec moi qu’un encore est possible
Que l’amour sur tes lèvres est baiser invincible
Viens rêver aux frissons de nos corps sur la couche
Quand nos peaux se retrouvent au pendu de nos bouches.

Aimons-nous simplement sur les rives d’un cœur
Que l’amour à crier en écho au bonheur
Et ta main dans la mienne en promesse d’un jour
Dérive aux tendresses caressées d’un toujours.

Viens rêver avec moi à l’éveil d’un matin
Où les rais de lumière à l’aube de nos reins
Crépuscules nos corps jusqu’au bout des vertiges
Ricochets de plaisirs sur l’amour en voltige.

J’ai besoin de tes bras pour calmer nos silences
Qui déchirent le temps en paillettes d’absences
Et je t’offre mon cœur qui se larme aux blessures
Qu’un pantin un matin à grimé en tortures.

Viens rêver avec moi que l’amour n’est pas vain
Qu’aux croisées des destins nous vivrons nos demain
Simplement se dire « nous » sur l’autel  conjugué
Quand le verbe se veut délicieux bleu fruité.

Et je voudrais t’aimer jusqu’en bout d’éternel
M’embrasser de tes yeux jusqu’aux portes du ciel
Viens rêver avec moi, aux murmures de nos lèvres
Viens brûler dans mes bras aux plus douces des fièvres.

¤ Cat ¤ 02/06/2015

mardi 7 avril 2015

Au bout du compte

Petit texte "pondu" lors d'un quatrième atelier d'écriture avec des auteurs plus que formidables. Ce n'est pas le texte d'origine. Je l'ai retravaillé tant le sujet m'avait inspiré.


Cette nuit là, tes yeux se portent une fois  de plus sur le radio réveil posé sur ta table de nuit. Il est trois heures du matin… Et tu voudrais dormir.

Chaque insomnie ressemble à la précédente, agaçante, sans fin. Un sablier du temps où les minutes s’accrochent à l’éternel, où même les secondes se perdent dans les marais de l’ennuyeux.  Un sinistre cauchemar que d’écouter le réveil se transformer en un gigantesque métronome ouvrant une large gueule sur la partition de la marche funèbre. Et sentir te lécher, son inquiétant mouvement de va-et-vient - narcotique, monotone - mais pas assez soporifique pour t’emporter dans cet Eden où se reposent, à l’ombre d’un olivier, tes rêves les plus vivants. Ton cerveau ne doit pas se perdre dans le désolant tempo de l’infernale machine, pourtant… Il est déjà trop tard. Chaque paroi de ton crâne se fait l’écho assassin de l’obscur « tic-tac ».   

Tu compte-mouton.

Une fois, deux fois, dix fois… En sachant, qu’au douzième mouton, tes pensées t’emporteront, comme à chaque fois,  bien loin de cette verte prairie, où tu joues tes espoirs de sommeil.
Souvent, tu les peins  en rouge ces moutons, en bleu, en nuit et il t’arrive même, parfois, de les éclabousser aux mille couleurs de l’arc-en-ciel. Souvent, ils bêlent « frère Jacques » à la manière d’un slam d’aujourd’hui. Un son de cloche en fond sonore : Toi, le dingue, l’esprit dérangé entre le ding et le dong. Souvent aussi, tu les imagines à la queue leu leu, brin de paille dans la gueule, marchant au pas sous un air de vieille guinguette. Et trop souvent, au bruit de l’affreux tic-tac de ton réveil, tu deviens l’assassin aux yeux rougis par la fatigue La tondeuse aiguisé à la main, tu tonds ces moutons pour grand-mère qui tricote le fameux bas de laine qui camoufle tes nombreux somnifères. Et presque toujours : Le drame.

Alors tu compte-kébab.

Mais là encore, la lune reste accrochée à son ciel et les étoiles se moquent de toi. Les filantes défilent devant ton regard lassé de regarder. Les autres s’éclairent à la nuit en perçant l’obscurité de plusieurs centaines de coups de lumière.
Comment réussir à dormir quand l’esprit un peu fou te joue de ses pensées ? Te voilà, submergé par un flot de banalités quotidiennes qui s’échouent sur les plages de ta raison. Tu voudrais en faire des châteaux de sable, mais tu ne réussis qu’à retourner ce pauvre seau rouge, orphelin de sa pelle et de son râteau, engloutis à jamais dans ces sables mouvants.
Dehors… Une chouette crie. Tu voudrais la faire taire. Elle persiste dans son chant de nuit, comme pour te rappeler que l’obscurité est, comme toi, toujours réveillée. Bien sûr, tu penses au vieux fusil de papa, rangé depuis des années dans la penderie du bas. Bien sûr, tu ne fais qu’y penser. Mais il te plait d’imaginer cet oiseau nocturne cloué, tel un Christ aux larmes statufiées, sur une planche de bois aux contours taillés à la hache. Et d’entendre son cri figé dans la moue pathétique de son bec entrouvert.   
Ploc, ploc… Voilà autre chose… Quelques gouttes de pluie qui s’acharnent à « mélodier » ton univers.

Donc, tu compte-goutte.

Et au bout de douze gouttes, tu t’en abreuve ta gueule de géant et tu ris, tu ris, tu ris à t’en faire… Réveiller un peu plus.
Fichue pluie, fichu chouette… Fichue nuit.


Dehors le jour se lève… Il est 6h 15

Tu n’as toujours pas ressentis la douceur des bras de Morphée. Et d’ailleurs ? Où est-elle donc passée cette traînée ? Sans doute sur l’oreiller moelleux d’un marchand de sable à la libido trop débordante. Hummm… Se laisser border par des doigts de fées… Hey là… Tu t’égares vieux ! Comment veux-tu espérer quelques heures de sommeil si tu t’imagines caresses et autres voluptés.

Alors tu conte de fée …

…Ou plus précisément,  tu comptes fleurettes aux nombreuses fées mythiques qui s’amusent depuis peu à te souffler nature et mille frissons fleuris sur le doux de ta peau nue et fiévreuse. La douzième, fée des eaux et fille de l’Océan, navigue dans ton esprit en tourbillonnant d’un chant hypnotique pour capturer encore un peu plus ton insomnie tempétueuse. Alors tu sèches ces sueurs salées comme tu le peux sur le drap blanc trempé et, en fond de cale imaginaire, tu jettes sirènes et autres créatures féminines. Quelques gouttes d’huile parfumées à l’olive ou aux graines de tournesol et les voici stupides sardines dans une boite de thon. A défaut de dormir, tu t’amuses plutôt bien !
6h16… Bientôt l’heure de se lever.
Se lever ? Se lever de l’enfer de ton lit cercueil qui t’emprisonne les rêves. Tu n’as même pas fermé l’œil… Tu as juste compté.
Compter pour du beurre.
Courage vieux… café noir, sans sucres, une bonne douche pour effacer les cernes de cette nuit dévastatrice et au boulot… Un boulot où tu dois encore et encore compter les boulons et les écrous. Les boulons, par lot de dix dans la boite bleue, les écrous par lot de trente dans la boite rouge… Un, deux, trois… Pas une de plus, pas une de moins : Tu comptes rond. Et tu jettes dans l’oubli quelques pièces « tâchées » aux cicatrices de différences, celles que personne ne veux.

Cela fait soixante-trois heures que tu n’as pas dormi, enfin, tu sens le sommeil te gagner.

Le marchand de sable vient enfin de te balancer sa mixture dans les yeux… ça te gratte, ça te pique. Tu ressens lentement le doux chant d’Hypnos sur l’effleure de ta peau, comme le frisson poétique d’une prose chuchotée sur le grain du papier. Le soleil tente de t’éblouir une dernière fois.

En fin de compte… Tu ne comptes plus. Ni pour le jour, ni pour la nuit… Un laissé pour compte !

Sur la table de nuit, à côté du réveil, te nargue la boite de barbiturique tragique, dans laquelle on ne peut plus compter son contenu, si ce n’est dans ton estomac endormi.

Le compte à rebours peut alors commencer…

lundi 16 mars 2015

Le petit ruisseau de larmes sanguines
Coule au corps en poison comateux
Tranquille
Et navigue paisible au cercueil de son cœur
Le petit radeau vide des rêves libertés
Sans rames
Le mât violenté aux noires douleurs
Jusqu’aux boues du cerveau qui enlisent les pensées
Noie l’âme
S’étouffant aux violences de ces brises orphelines
Qui se claquent aux parois et qui crèvent malheureux
Claustrophile

Le petit ruisseau aux eaux carminées
Passe et repasse en trépas inconscient
Dangereux
Sous le pont narcotique lentement, elle s’endort
Abandonne le souffle d’un espoir incertain
Impur
Cœur tambour en écho trop rythmé
Brise le silence du dernier subconscient
Vitreux
Vibrations meurtrières et qui cognent plus fort
Déchirer ces souffrances pour s’ouvrir un chemin
D’air pur

La rivière de sang a perçu la lumière
Et s’évade sereine sur la peau oubliée
Veine tranchée

samedi 14 février 2015

Poème de la Saint Valentin

Et ce jour délice où se fête l'amour
Où l'épine de rose est parfum de velours
N'est que pause temporaire dans ton cœur déchiré
Un répit aux colères que tu sais me souffler.

Je serais en ce jour, le plus tendre des amoureux
J'oublierais de salir les larmes de tes yeux
Esquisse un sourire sur tes lèvres meurtries
La mâchoire de mon poing se taira aujourd'hui.

Fond de teint pour leurrer le noir fourbe sous ton oeil
Dessiner au crayon autre chose que son deuil
Je te veux séduisante au dîner de ce soir
Rouge ta bouche boursouflée d'un sourire illusoire. 

Valentine divine, ton petit cœur transpercé
Par la flèche poison d'un chérubin endiablé
Me fait mal quand il pleure le coup de foudre assassin
Qu'il s'entête à crier sous le feu de ma main.

Un bouquet mon amour, pour t'offrir mille couleurs
Sur ta peau violacée aux blessures crève-coeur
Je veux lire tes courbes sous ma main caressante
Oublier l'hématome sur tes chairs bleuissantes.

Sur le bout de ton sein ma bouche joue capture
Là où jusqu'ici elle n'était que morsures
N'aie pas peur mon amour, je ne fais que t'aimer
Si tu cries ton dégoût je devrais te frapper ! 

Et comprend bel amour, qu'ecchymoses et douleurs
Ne sont rien comparées aux souffrances de mon coeur
Quand la bête sans cesse s'acharne sur ton corps
Je m'explose un bout d'âme et m'enfonce dans la mort.

Aujourd'hui je t'en prie, évitons d'agacer
J'ai trop mal, tu sais bien, quand je dois te frapper
Je te veux femme aimante en passion sensuelle
Aimons-nous, mon amour, jusqu'en bout d'éternel.


jeudi 5 février 2015

Désintox

Les silences profonds ont un goût d’abandon. Et mon palais fragile, trop habitué aux sucrés/salés, peine à se déglutir de cette indélicate amertume. Dentifrice, bains de bouche, bonbons mentholés, et toujours cette âcreté désagréable au fond de mon gosier. Alors je fais semblant. Je leurre mes papilles en me gavant de mauvais chocolats – de ceux qu’on trouve au rayon discount de ces trop grands supermarchés qui n’hésitent pas à vous vendre un vulgaire pâté pour un excellent foie gras à petit prix.
Je crois que je suis devenue boulimique de ces petites sucreries bien trop mielleuses. Mon corps en réclame toujours un peu plus. Ma tête aussi. A tel point que je me lis, dans dix ans, sur un quelconque réseau social, à quémander de ci, de là, quelques petites bouchées gourmandes pour régaler mon égocentrisme démesuré. Je m’imagine me travestir les mots pour une doucereuse friandise qui me ferait oublier jusque mes sincères premières rimes. Mendier les faux-semblants pour m’affriander au narcissisme. Prostituer mes écrits avec des ressentis qui ne sont pas les miens, pour quelques miettes d’un bon vieux pain aux graines de reconnaissances.
Je sais que je devrais me résonner, et pourtant, je n’arrive pas à penser autrement. J’ai besoin de cette drogue édulcorée pour me sentir vivante. Je dévore, j’engloutis, je m’empiffre et je ne gaspille jamais. J’ai parfois le sentiment d’avoir muée dans la peau nue de cette grenouille envieuse, qu’un Lafontaine a engraissé à coups de mots pour la faire ressembler au bœuf - ou tout du moins lui en donner un pâle aspect – et de la laisser se crever comme un vulgaire ballon de baudruche, sous l’œil tranquille d’une société aveugle de son suicide social.
Je suis moi-même sur le point d’exploser. Je dois donc éviter de trouver l’aiguille assassine dans la botte de foin et me fuir de tout objet meurtrier qui saurait me percer de son verbe tranchant. Peut-être devrais-je aussi faire une petite pause entre deux plats du jour…
Tant de questions, tant de doutes, et pas de réelles réponses. Le délicieux des confiseries tentantes ne sont là après tout que pour combler un ego et non pour me sauver. Il est grand temps que je prenne conscience de mon addiction totale à ce phénomène banal mais dangereux. Il est grand temps oui, que j’accepte l’invitation à dîner de ceux qui sauront me faire oublier cette méchante faiblesse.
Ce corps enflé et obèse est un reflet maudit dans le miroir de mon âme. Je ne suis pas ce corps. Les vitrines gourmandes des pâtisseries et autres boulangeries virtuelles – plus affriolantes, les unes que les autres – ont eues raison de ma fringale gloutonne.
Je vais bientôt devoir entrer en phase de désintoxication – quel mot difficile à écrire quand on entend les mots abstinence et solitudes qui lui sont imputés – une douloureuse épreuve qui, au moindre écart, me fera replonger dans une trop déchirante facilité.
Oserais-je appeler au secours ?
Mais appeler qui ?
Encore une manœuvre déguisée de mon vil appétit pour m’empêcher de penser. Parce que mon esprit, lui, sait où trouver de l’aide.
J’ai déjà surfé, par le passé,  sur les pages web de quelques sites généreux, qui sans l’aide précieuse d’un bon navigateur, serait encore dans l’ombre de mon écran. Parce que, croyez-moi, quoi que nous tapions sur nos claviers, les mots nous ramènent toujours dans les plus luxueux restaurants aux façades attractives et colorées – ces endroits faciles d’accès et populaires qui nous promettent toujours un menu haut de gamme aux mille saveurs diététiques.
Au milieu de tout ce déballage de nourriture, se cachent, entre deux feuilles de salades industrielles, quelques petits bouibouis qui ne payent pas vraiment de mine, mais dans lesquels se trouvent les mets les plus équilibrés et les plus adaptés à un régime social amical et sincère.
Au temps ou ma frénésie gourmande n’était pas encore devenue une drogue, j’avais noté quelques adresses et les avaient planquées précieusement dans un coin de mon cerveau fermé aux pensées égocentriques.

Aujourd’hui, il est donc temps de pousser la porte d’un de ces petits restos et de m’asseoir à la table modeste de ces amoureux des petits plats simples mais authentiques. Il est temps pour moi, de me laisser tenter à d’autres mets, moins appétissants, mais plus goûteux en fond de bouche. Ce sevrage va être dur, long, intense, éprouvant même… Mais nécessaire si je veux survivre à cette stupidité vomitive qui s’est subitement emparée de mes valeurs, au moment même où j’ai commencé à vivre.

vendredi 23 janvier 2015

« Tu seras la dernière femme que j’aimerais… »

Qui n’a pas, un jour, rêver ces mots ? Moi, je n’y avais jamais franchement pensé avant qu’un homme ne me les dise. Je ne les avais même pas recherchés. Bien au contraire… N’espérant rien de l’amour, comment aurais-je pu souhaiter pareilles inepties ?
Oui parce qu’après moi il y a eu quand même Brigitte, Pascale, Hélène, Raymonde – une femme aussi vieille que son prénom, la mise-en-pli trop parfaite, la robe-tablier fleurie, les bas trop lâches et le sourire pincé des vieilles rombières à la sortie des églises – Eva et Emma, les sœurs jumelles qui ne se séparaient jamais, même dans un lit, et puis Sophie, une jeune blonde aux seins siliconés et au sourire botox qui pourrait presque être sa fille.
Vous vous demandez sans doute comment je peux être aussi bien informé de ses dernières conquêtes. Ne vous méprenez pas, je ne l’espionne pas, je ne le harcèle même pas. Non. Monsieur à tout simplement décider de rester mon confident après notre rupture. Enfin, pour être plus claire, c’est lui qui m’a laissé tomber. Parce que moi, j’étais plutôt bien avec lui. Nous étions, dans un lit, en parfaite harmonie. Il avait ce don de m’emmener bien au-delà d’un septième ciel légendaire, et moi, loin d’être farouche, j’aimais le lier à mes orgasmes  pour l’emporter encore plus loin dans son coït. Nous étions les amants d’un jour, d’une nuit. Selon nos envies, nos besoins. Nous vivions chacun de notre côté, libre comme le vent. Mais attention ! Pas trop loin non plus. Nous devions pouvoir nous retrouver très vite lorsque « Madame Libido » frappait subitement aux portes de notre intime. Aucune contrainte, aucune pression, juste du sexe. Nous n’en demandions pas plus, nous n’en voulions surtout pas plus ! … Jusqu’au jour où s’était éveiller sa fichue conscience !

« Tu seras la dernière femme que j’aimerais… »
Ces mots avaient pris un tout autre sens une fois qu’il avait souhaité mettre un terme définitif à notre relation. Parce que là, il n’exprimait pas son désir de partir en retraite dans un monastère bouddhiste suspendu, par on ne sait quel miracle, sur le flanc d’une montagne tibétaine. Il ne désirait pas non plus faire quelconque vœux de chasteté en rejoignant un ordre religieux qui l’obligerait à chasser de son esprit tout plaisir passé. Et bien loin de lui, l’idée de ne plus jamais s’offrir les vices délicieux que la société savait nous donner avec autant de générosité. Bien que cette idée me fasse encore sourire aujourd’hui, je n’imaginais pas non plus qu’il puisse se retrouver un jour castrer à surveiller le harem d’un de ces tyrans insatiables dans l’immense désert où les chameaux n’étaient pas uniquement les mammifères bossus.

En fait, lorsque ces mots avaient franchi ses lèvres, alors que je ne lui demandais rien de plus que quelques caresses doucereuses sur mon sein offert, j’aurais dû comprendre : « Tu seras la dernière femme que j’aimerais… Mais pas la dernière dans mon lit ».
Ressentez-vous cette frustration dans mes écrits ? Frustration oui, frustration et déception. Je croyais avoir rencontré la perle rare qui pensait le plaisir d’être ensembles plus important que l’amour lui-même. Les disputes et autres mesquineries de couples n’avaient jamais franchit le seuil de notre intimité. Lorsque nous étions ensembles, c’est que nous l’avions, l’un et l’autre décidés. Nous ne pouvions donc n’être que sourire et bonne humeur. Mais ma perle s’était laissée emporter par les marées salées des réflexions et s’était finalement reposer dans l’huître de sa conscience.

Et moi d’admettre que nous nous étions laissés emporter sans le vouloir dans le tourbillon mortel des habitudes. Un rituel quotidien qui devait, définitivement, avoir raison de nos échanges érotiques. Parce qu’il fallait oser se le dire. Chaque retrouvaille sentait le même parfum des torrides passions. Je sonnais à sa porte, il m’ouvrait, me proposait un café que je refusais systématiquement et nous nous retrouvions déjà à moitié nus, dans les bras l’un de l’autre, contre un mur, par terre, sur la table de la cuisine ou sur le canapé, à déchaîner nos corps comme des bêtes furieuses et sauvages. Il me pénétrait toujours avec fougue et sensualité. Et j’aimais ça. J’en redemandais toujours encore et encore. Nous ne faisions alors plus qu’un, les corps plongés dans les mêmes sueurs, les regards absents de toute réalité, les spasmes délicieux qui frissonnaient jusque dans nos entrailles, le cri bestial de l’explosion de nos jouissances. Lorsqu’éjaculer de ce désir intense, il tombait sa tête au creux de mon épaule, nous restions jusqu’à l’apaisement de notre rythme cardiaque. Au souffle retrouvé, nous nous découvrions sous le jet agréable d’une eau tiède où commençaient alors d’autres jeux beaucoup plus sensuels. A partir de là, dans la chambre, nous faisions tout simplement l’amour. Plusieurs fois de suite. Et toujours avec une imagination débordante et différente. Nos préliminaires succulaient nos bouches et nous aimions tester notre agilité dans des positions toujours plus farfelues les unes que les autres. J’aimais nos fous-rires dans ces moments-là. Une complicité que certains couples ne croisent que dans les films à l’eau de rose, ceux qui puent l’amour factice et irréel. Entre deux désirs, nous aimions discuter comme de vraies personnes de nos journées plus ou moins intéressantes, d’un passé difficile ou de quelques projets à venir. Une petite vingtaine d’années nous séparaient. Il avait donc toujours une histoire à me raconter. Un vécu, une douleur, un bonheur. Et j’aimais me laisser prendre à rêver au son de sa voix. Il existait dans ces instants, une espèce de tendresse qui valait tous les coups de foudre de la planète.  

« Tu seras la dernière femme que j’aimerais… Mais je crois qu’on devrait en rester là avant de nous haïr ! ». Nous haïr ? Mais quelle drôle d’idée ? Pour haïr il faut aimer, et pour aimer, ne faut-il pas d’abord s’aimer soi-même ? Tout ce blabla n’était pas pour moi. Je n’aurais même pas dû écouter ses explications et m’en aller sans même me retourner. Je n’avais certainement pas besoin de me torturer l’esprit pour des idées qui ne m’appartenaient pas.

Vous me penser sans doute insensible et dénuée de sentiments. Mais je sais aimer. J’ai aimé tous ces hommes qui sont passés dans ma vie. A chaque fois différemment. Et à chaque fois pourtant avec la même passion. Mais je ne crois pas tout simplement que l’amour puisse être éternel. Tout comme la haine d’ailleurs. Bien sûr, lorsque l’on tombe amoureux – d’ailleurs, quelle drôle d’expression que d’utiliser le verbe « tomber » pour parler d’amour, ou peut-être pas après tout, tomber peut faire beaucoup de mal, l’amour aussi – je disais donc que lorsque l’on tombe amoureux, on se rapproche inévitablement du gouffre de la stupidité. On ferait n’importe quoi pour l’autre, et l’on dit pas mal de connerie aussi. Les « je t’aime à en mourir » finissent souvent par des « je vais te tuer » (sauf sans aucun doute dans la chanson de Cabrel, mais ça, c’est une autre histoire – de Gérard Blanc celle-là !). Les « Tu es la femme de ma vie » par « tu m’as beaucoup amusé cette première décennie ». Bref, je pourrais vous en écrire des dizaines comme celles-là ! Mais à bien y réfléchir, il est vrai qu’il serait déconcertant d’entendre Monsieur le Curé prononcé un : « Jurez-vous de vous aimer jusqu’à ce que le divorce vous sépare ? ». Quel cynisme ! Mais oui, je crois fermement que derrière ce sourire du « je m’en fous » se cache les rides d’un cynisme profond, que même la meilleure et la plus chère des crèmes n’arriveraient pas à estomper. Pourquoi vouloir changer ce que nous ne pouvons pas ? Derrière chaque chirurgie esthétique se trouvera toujours la laideur de notre âme. Nous n’y pouvons rien. Notre caractère est bien planquer dans nos gênes. Et même si nous arrivons à le leurrer un temps, il réapparait toujours pour nous imposer sa volonté d’être.

« L’ huître » molasse et visqueuse de sa soudaine prise de conscience lui crachait dans les veines un désir d’échanger quelques futilités devant un vieux film des années 60. Lui manquait disait-il, de devoir s’excuser pour être entré dans la salle-de-bain pendant que Madame se démaquillait le soir. D'éteindre sa lampe de chevet sans avoir à lui faire l’amour. De dîner en tête à tête devant un bon repas qu’elle aurait amoureusement préparé dans la journée. D'entendre chanter dans son salon, une voix féminine autre que celles chargées de grésillements dans son vieux transistor. De se promener, main dans la main, jusqu'au parc en bas de chez lui, pour sortir son chien et jeter quelques miettes de pain aux moineaux. De se faire la gueule quelques heures pour des broutilles et très vite se réconcilier dans un claquement de baisers sur les joues.  De se regarder sans vraiment se regarder. Vétilles dont je le croyais immuniser depuis un pénible divorce qui lui avait laissé un arrière-goût de souffrances morales. Mais c’est à ce moment-là que j’ai compris. J’ai compris enfin qu’il espérait tout simplement trouver dans ce quotidien mortel, une parade à sa solitude. Il se sentait vieux et notre différence d’âge lui laissait supposer que j’aurais un jour l’envie d’aller voir plus exubérant, plus frénétique, plus mordant que lui. Je ne pouvais que le féliciter d’avoir autant de courage pour oser prendre cette « sale » décision, parce qu’après tout, qui pouvait vraiment savoir de quoi serait fait demain ?

Je n’ai rien pu lui dire ce jour-là, il avait sans doute raison et je n’avais pas le droit de le priver d’une vie qui lui semblerait « meilleure ». Se posait alors l’inévitable question de savoir où j’allais pouvoir dénicher une autre perle aussi précieuse que lui ! Une perle qui se serait émancipée de son huître. Parce que je dois bien vous l’avouer, mais depuis ce commensurable coup de poing dans la gueule – je ne connais malheureusement pas d’autres métaphores pour exprimer cette sensation d’avoir été mis K.O par un homme qui me plaquait par amour – j’étais devenu ostraconophobe, un mot imprononçable pour une phobie des huîtres aussi stupide que curieuse.

Je n’étais malheureusement pas au bout de mes surprises. Pourtant, j’étais bien loin d’avoir l’esprit Kinder. Mais le fait d’accepter de rester son écoute des bons, et surtout des mauvais jours, me donnait l’impression d’avoir le cerveau chocolaté qui fondait lentement dans mon crâne en forme de cloche. Je n’avais plus, désormais, qu’à subir ce bourdonnement incessant qui résonnait dans ma tête. Comme le tintement effrayant de ce dernier SMS qui retentirait à jamais dans mon cœur. Je l’imaginais, un petit sourire sur le coin de ses lèvres pendant qu’il  tapait sur le clavier de son téléphone ces quelques mots du bout de ses doigts sages, ceux-là même qui me caressaient les courbes voluptueuses avec passion et gourmandise. Il était enfin heureux. Apaisé. Il venait de rencontrer une femme formidable. Une femme qui, selon lui, me ressemblait dans bien des domaines. Je n’osais pas lui souhaiter bonne chance et bon courage, si, réellement il avait croisé l’un de mes clones. Non, pour une fois, je préférais ronger seule, l’os de mon cynisme.


« Tu seras la dernière femme que j’aimerais… ». Moi, finalement, je ne voulais être que la dernière femme dans son lit, la dernière femme de sa vie.

dimanche 11 janvier 2015

Désert

Calvaire d’une vie transcendée
Sur un désert de par soi-même pavé
Heurte l’escarpement de l’inouï fané
Semant dans le vide les semences gercées


L’aride incertain d’un demain isolé
Assoiffé au besoin d’un avenir moins figé
Sable l’espace d’un regard déserté
Des espoirs morts au soleil désolé


Oasis depuis longtemps asséchée
Témoin silencieux de sa gloire passée
Range dans son oubli étiolé
Le désir d’être à nouveau ressourcé


Abandonné par les Hommes au sourire voilé
L’inculte Terre se larme des solitudes dépeuplées
Au serpent qui se glisse sur son grain de beauté
L’erg aux dunes caressantes  s’évapore en pleurer


Pèlerinage en proie à l’agonie de l’esseulé
Mes vapeurs en brume de paroles soufflées
Se taise de n’avoir plus à parler
Muet dans mon silence désormais emmuré


Mes vents n’aveuglent plus le voyageur tant convoité
Mon sable blanc s’égare dans l’engloutis des vieilles cités
Et si demain je meurs au chagrin d’oublié
Cactus en gerbes pour un dernier hommage crié


Jaune dans l’ocre valsant avec mes ombres projetés
Irradiant ainsi mes ténèbres proclamées
Je jauge ma fin annoncé

Par le couchant de cette nuit décantée

mercredi 7 janvier 2015

Entends-tu souffler ce vent d’émeute ?

Et l’enfant se mit à hurler,
Ce que, depuis longtemps, on ne sait plus crier,
Comme un pleur animal au sourire mort-né,
Avorté dans nos chairs à moitié dévorées.

Les révoltes se sont brisées,
Aux capitules d’un espoir schématisé,
Larmes de pierres ont refermé lèvres gercées,
A l’hypnotique coup de poing médiatisé.

Démissionnaire à s’écoeurer,
Le cœur ouvert sur les mensonges crucifiés,
L’Homme s’abject au goût du sang d’un suicidé,
Venin de mots craché en veines cyanosées.

Vaincus aux inégalités,
Les yeux crevés, nous avançons têtes baissées,
Souillés aux lois pauvres esclaves synchronisés
Aux mêmes morts dans nos cerveaux abandonnés.

Mais l’enfant s’est mis à hurler,
Un cri de rage et de colère mélangé,
Et dans son cœur, le drapeau blanc vient de brûler,
Hissant sa voix rebelle au mât des insurgés.