vendredi 8 novembre 2019


TISIPHONE OU LA VENGEANCE Chapitre 4


Carnet de correspondance de Damien :
évaluation de Mr Marty, professeur principal, 15 novembre.

Elève consciencieux et travailleur. Bons résultats dans l’ensemble dans les matières littéraires. Exercices de Math à surveiller. Se laisse parfois entraîner par son imagination et ses camarades.


Note à tous les parents : merci de rappeler à vos enfants que la parcelle abandonnée derrière le collège (La Pierre Blanche) n’est pas un terrain de jeu et qu’ils ne sont pas autorisés à y pratiquer des jeux de ballons.


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Sté DistriServices : Demande d’autorisation d’absence exceptionnelle de Carole.


Fiche 457 : PETIT Carole – manutentionnaire 8312 – date : mercredi 28 décembre – motif : Rendez-vous médical pour son fils Damien.


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Facture d’achat TélDiscount  Siret 451964386 – mercredi 28 décembre – 15h32 –  25 euros


   – Echo mobile clap couleur rouge. Ecran couleur 1.77 ‘’. Double Sim- Clavier rétro éclairé. Répertoire 50 noms.

   – Mise en place du contrôle parental sur réseaux sociaux.

Client : PETIT CAROLE.
Vendeur : Mélanie
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Post-it sur le frigo, 30 décembre :


Damien, n’oublie pas ton nouveau portable en partant à l’école. Je risque de sortir tard de l’usine ce soir. Rentre directement et, cette fois,  sans passer par la Pierre Blanche !   Bisous. Maman


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Rapport de Police du 2 janvier du gardien Mercier à Monsieur le Maire :


      Objet : découverte d’un corps inconnu au lieu-dit La Pierre Blanche


Réf : la note écrite du chef du brigadier-chef Dutertre


P.J. : téléphone portable HS,Rapport des pompiers,
Constat de décès du SAMU 

  J’ai l’honneur de vous rendre compte de ce qui suit :


Ce jour, à 2 heures 16 du matin, conformément aux instructions reçues, en tenue d’uniforme et assisté du gardien de police Bouchard Paul, en mission de surveillance, j’aperçois au milieu du terrain au lieu-dit La Pierre Blanche, une masse noire qui n’y était pas hier. La maison inhabitée depuis longtemps ne présente aucun signe de présence humaine.


M’approchant pour observer l’objet de plus près, je constate qu’il s’agit d’un enfant décédé, de race caucasienne, aux cheveux blonds et d’environ quatorze ans vêtu d’un pantalon bleu foncé et d’une parka noire. Le corps, recroquevillé sur lui-même, est sévèrement brulé sur le torse et les jambes. Les baskets ont fondu. Le téléphone portable retrouvé à proximité est entièrement calciné.


J’ai immédiatement appelé l’OPJ Chambon qui s’est chargé de la suite de l’opération


A 4 heures 23, je regagne mon service pour rédiger le présent. 


                      Pascal Mercier


Transmis sous couvert du brigadier-chef principal Albert Dutertre, conformément à l’article 21-2 du CPP à :

Monsieur le Maire

Monsieur le procureur de la République

Copie aux archives du service.



samedi 2 novembre 2019



TISIPHONE OU LA VENGEANCE

Chapitre 1

Un jour nouveau. Un jour de plus. Mais qu’est-ce qu’une simple journée ? Ou un mois ? Une année ? Un siècle ?  Et même un millénaire ?
Je suis là depuis si longtemps que je ne compte plus. D’ailleurs, je ne sais pas quand tout cela a débuté. Suis-je née un jour ? Pour moi, l’éternité s’étale aussi bien vers le passé que vers l’avenir. On m’a donné tant de noms qu’aucun ne me correspond plus. Je me souviens pourtant de jours plus heureux où l’on était fier de me montrer à tous. D’instants de liesse où je paradais en tête des cortèges royaux. D’alcôves intimes et chaleureuses où l’on m’admirait et jalousait ma beauté. De fêtes flamboyantes où les plus grands seigneurs se vantaient de me posséder, moi qui ne fus jamais à personne. D’instants de grâce où l’on me couchait sur les plus belles tentures pour me vénérer telle une déesse vivante. Heureux étaient ces moments durant lesquels il m’était donné de côtoyer le monde extérieur et toutes ses richesses.
Mais, depuis longtemps, je n’ai plus vu la lumière du soleil. Existe-t-il encore cet astre qui exaltait mon éclat ? Aujourd’hui, je me contenterais d’un seul rayon de lune. Un seul suffirait à réchauffer mes veines glacées par des lustres de solitude et d’enfermement dans ce sous-monde noir et obscur. Ici, rien ne bouge, rien ne vit, rien ne luit. Seules, mes pensées occupent mon univers.
Depuis si longtemps, je n’ai plus entendu le souffle du vent dans les branches des sapins. Il y a tellement de temps que je n’ai plus senti l’odeur du feu de bois dans la cheminée ou le parfum des roses du jardin. Tant d’années… de siècles ? que je ne m’en souviens qu’à peine. Il me semble que seul subsiste mon esprit. Ai-je encore une matérialité dans cette gangue de pierre ? Dans cette froideur et cette noirceur, suis-je encore quelque chose ? Aucune sensation ne vient interrompre mes réflexions nocturnes. Mes idées fusent parfois sans que je puisse les retenir. Elles passent alors dans une fulgurance si violente qu’elles auraient dû détruire mon corps… si j’en avais un. A d’autres moments, elles ralentissent tant qu’elles en deviennent de cruelles obsessions. Une torture si lancinante s’empare de tout mon être qu’elle déchirerait mon cœur… si j’en avais un. Cela veut il dire que je ne suis plus rien ? Si tel est le cas, pourquoi et comment ces questions me viennent-elles ?

Je ne sais pas ni où ni quand je suis née. Je ne sais pas ni quand ni où je suis aujourd’hui. Et je ne sais plus si je suis encore quelque chose.



TISIPHONE OU LA VENGEANCE CHAPITRE 3



Il s’est passé quelque chose. Un éclat de lumière a surgi. Si brièvement. Si fugacement que je me demande si, réellement, il a existé. Pourtant, mon âme s’est abreuvée un court instant à cette source de chaleur et a presque repris courage.
Il a existé… il faut qu’il ait existé.
Cet éclair lumineux a réveillé en moi de multiples souvenirs. Les chandeliers étincelants accrochés aux murs du château ne brillaient pas moins lors des soirées du Roi. Les danses aux pas rythmées sur le parquet de bois ne faisaient pas moins virevolter joyeusement les dentelles fines.  Les mets dorés et croustillants, les plats en sauces suaves, les vins savoureux ne réchauffaient pas mieux mon corps et mon esprit. Me sera-t-il permis d’imaginer que cette petite étincelle émergeant de je ne sais où pourrait être un nouvel espoir ? Je n’ose y croire.
Tant de fois, j’ai rêvé de revoir les branches s’agiter doucement au gré du vent. De sentir à nouveau le goût du lait crémeux au fond de ma gorge. D’entendre la musique enchanteresse du chant des oiseaux. Tant de fois, j’ai espéré depuis ce funeste instant où tout a basculé. Cet instant où le sourire juvénile a cessé de cacher les dents de loup. Où une petite main tendre s’est refermée sur mon épaule en serres déchirantes. Où un rire enfantin s’est transformé en ricanement sauvage.
Cela me revient. Cette étincelle fait surgir en moi des images fragiles. Elles affleurent, bouillonnantes d’une vie brisée, chaudes d’un bonheur enseveli sous une chape de glace. Elles s’immiscent telles des serpents visqueux. Elles tentent de s’emparer de moi pour y semer à nouveau le désespoir d’avoir tout perdu… jusqu’à l’essence même de mon être le plus intime. Comment les combattre dans ce néant obscur qu’est ma nouvelle et éternelle demeure ? Comment ne serait-ce que les repousser sans arme aucune et sans autre ressource que ma volonté pure ?
Ce sont des lames tranchantes faites de souvenirs à jamais disparus qui me traversent de part en part. Elles transpercent mon esprit d’un regard amoureux qu’aucun baiser ne viendra plus confirmer, d’une maison sereine sur la colline surplombant le fleuve joyeux devenu pour toujours asséché. Ces réminiscences aiguisées s’emparent de mon cœur et l’enserrent de la chaleur d’un corps abandonné que plus jamais je ne pourrai toucher. D’un matin clair et doux, à jamais disparu, où nous étions couchés tous deux sous l’édredon de plumes. Elles brûlent tout sur leur passage comme les braises rougeoyantes d’un bonheur mort qui refuse de s’éteindre. Tel ce déjeuner sur l’herbe verte au soleil avec les enfants jouant au palet, maintenant muets d’un silence de tombe. Elles incendient tout ce que je fus, tout ce que j’ai vécu, projetant leurs flammes destructrices dans mon sombre univers.

vendredi 25 octobre 2019

       TISIPHONE OU LA VENGEANCE


                Chapitre 2 


Annonce immobilière 18 mars: AFFAIRE A SAISIR

St Chrysolide, Lieu-dit La Pierre Blanche, tout proche de Lyon, terrain viabilisé de 952 mètres carrés, prêt à accueillir votre projet de construction. 24 900 euros. Contacter l’agence au numéro 04 27 85 20 46.Plus de détail…
...Ce terrain, propriété d’une famille aisée, a servi pendant de nombreuses années de potager et de jardin d’agrément. L’héritière, installée en région parisienne, souhaite s’en dessaisir, n’en ayant pas l’utilité. Il a été viabilisé en vue de permettre la construction. Il conviendra parfaitement à une famille avec enfants et animaux domestiques qui pourront s’y ébattre sur la superficie de presque mille mètres carrés. Aux alentours, le bois de Charmette offre une vue des plus agréables. Il jouxte la départementale, reliant le village à Lyon et à toutes ses commodités. A Saint Chrysolide, vous trouverez tous les commerces de proximité : épicerie, boucherie, boulangerie, école primaire, mairie, trésorerie, bureau notarial.

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Extrait du registre des arrêtés de Monsieur le Maire :
Vu la demande de permis de construire n° 215318752 présentée par Monsieur Dietrich Saïd
Vu l’objet de la demande :
- pour construction d’une maison
- sur un terrain situé lieu-dit « La Pierre Blanche » à Saint Chrysolide
- pour une surface de plancher de 218 mètres carrés
Article 1 : Le permis de construire est accordé sous réserve de respecter les prescriptions mentionnées à l’article 2 …… 
Le projet est soumis au versement de la taxe d’aménagement et de la redevance d’archéologie.
Fait à Saint Chrysolide, le 22 février                 
Le Maire adjoint en charge de l’urbanisme

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Annonces diverses 6 juillet :
pendaison de crémaillère
Mr et Mme DIETRICH Saïd et Mylène ont le plaisir d’informer leurs anciens voisins et tous les locataires de l’immeuble qu’ils sont cordialement invités à la pendaison de crémaillère de leur nouvelle maison. 
         VENEZ NOMBREUX 
Dimanche prochain au lieu-dit La Pierre Blanche à Saint Chrysolide. 
Début de la fête prévue à 11 heures.

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Liste des choses à faire avant la nouvelle rentrée 17 août / Mylène :
- acheter les fournitures scolaires de Zahia
- repasser les chemises blanches de Saïd
- m’inscrire au cours de Zumba
- aller voir le marché bio indiqué par la nouvelle voisine
- vérifier si on est bien inscrits sur les listes électorales

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Article du 23 novembre/ChrysolNews :
      DECES INEXPLIQUES 
   DANS NOTRE PETIT VILLAGE
La nuit dernière, un accident encore inexpliqué a provoqué le décès d’une famille entière dans notre charmant village de Saint Chrysolide.
Les Dietrich s’étaient installés sur le terrain de la Pierre Blanche depuis seulement deux mois et demi. 
Le père, Saïd, employé du bureau notarial avait parfaitement intégré la communauté et était particulièrement apprécié de ses collègues. Sa secrétaire, Céline, nous avoue «  C’était un homme charmant. Toujours très à l’écoute du client. Il m’a même parlé hier d’un projet personnel : ouvrir une guinguette pour que les gens s’amusent sur le bord de la rivière. Je suis vraiment très choquée par cette désastreuse nouvelle ».
 La mère, Mylène, occupait un emploi à mi-temps à la mercerie mais Madame Dugas, la propriétaire, n’a pas pu nous parler tant elle est effondrée par cette perte. 
Les Dietrich avaient une fille prénommée Zahia scolarisée au collège Henri Martin de notre village. Ses professeurs, interrogés ce matin, évoquent une enfant réservée mais souriante, bonne élève et amicale.
Les pompiers, dépêchés sur les lieux cette nuit, ont circonscrit l’incendie qui aurait débuté vers deux heures du matin au sous-sol. Dans leur récent déménagement, les Dietrich auraient ils laissés des produits inflammables trop près de la chaudière ? Les cartons non encore déballés auraient-ils fait office de combustibles dans ce qui serait alors un terrible accident domestique ? Pourtant, l’adjoint au commissaire de Police nous indique, à demi-mots, qu’il existe une étonnante fosse récemment creusée dans ce sous-sol et que le feu serait parti, semble-t-il, de cet endroit.
 Nous n’en savons pas plus dans l’immédiat. Mais nous poursuivons l’enquête et nous vous tiendrons informés de la suite dans un prochain article.
La cérémonie religieuse se tiendra dimanche prochain en l’église Saint Audrys à 10 heures.


lundi 22 octobre 2018

Automne

Saison des mille écus en perles sylvestres
Voguent en vent de froid sur les landes en berne
Roseaux en métronomes cuivrés
Battant la mesure du temps qui passe
Élaguent paysages maintes fois retournés
Purgés de leur récolte en corne d'abondance
Laissant vide et de froid
Pour accueillir sans éloge
L'hiver en devenir


mercredi 24 janvier 2018

Nuitée

Compte en mémoire de nuages
Mouton en mouton sage
Sur une clôture en achalandage

Les nuits comme les jours où je rêve de toi
Émerveillement en étincelle de joie
De te savoir tout près de moi

Fleur de parfum si doux que je ne puis m'en lasser
Que nuit après nuit je ne veule que t'enlacer
Et qu'épaule présentée, je m'empresse d'embrasser

Cœur d'ébène 
En jardin d'Éden
En peau lisse de l'obsidienne

Quelques mots en trop peu je le sais
Car à toi et à tout jamais
Mon cœur je te remets








vendredi 12 mai 2017

.,;|

Dune de miel sur mon jour endormi
Je teinte de mes sourires
Une perle de nacre
Soleil de dormance dans ce vendredi de mai
Embrun de nuages onctueux
Dans ce ciel d’hier encore

Transpire alors,
Dans ce quotidien en cycle de redondance
Une brèche dans l’uniformité
Fracture en symbiose de.,:! juin à venir
Germe de blé dans un grain protecteur
Amorce d’un changement de vie nouvelle

Sourires en désir
Plaisir en appel d’offres
Nourri dans l’union embryonnaire

Un demain plus que prometteur