dimanche 26 janvier 2014

Fleur blanche

Dans le désert du bitume, mes pas de solitaire marchant dans la lune de mon déraillement, une fleur en hiver est venue se cueillir sur ma page d’histoire. Ne sachant comme réagir face à cette apparition soudaine et improbable, je me suis assis en rond sur l’arrière de ma découverte. Sourire en instinct sur les pétales de sa douceur, je me suis mis à pleurer de l’innocence de sa pureté. Immaculée dans le blanc de sa tendresse, elle s’est laissée prendre au jeu de sa semence à étendre sur le pavé de ma vie.

Germant sans peine, elle fit de sa couleur, l’ange de sa pensée, blancheur sans faille sur une lande à peindre. Trésor à fleurir d’une nature morte soudainement ressuscitée, le décor de sa croissance sema l’ordre des choses à découvrir. Tableau d’une Dame Nature en générosité sur la perfection à profusion, l’abondance accomplissait son charme sous les yeux à combler le vide.

Curieux en abondance sur l’œil à rincer, le seuil d’une route jadis à l’abandon retrouva sa source bien-aimée d’un passage à recoller. Carrousel des éblouis, bonheur en culture sous le simple moment à vivre cette beauté. Ma fleur au plus fort de sa jeunesse s’est fait prendre au jeu du plus offrant. Naïveté dans l’inexpérience ma fleur s’en est allée. Délaissant mon pavé et ses à côté. Délaissé pour ce visiteur de l’avenir sur l’option d’un rachat à exploiter face à ce phénomène hors du commun.

Atterrées par la nouvelle solitude de mon bitume redevenu gris, mes larmes peuplèrent le silence de mon oubli. Vestige en souvenir sur la dérive de ma perte. Tentatives trop souvent renouvelées de recoller morceaux de ma tristesse nourrie par l’amertume du pécule de ce vendeur flores à rabais.

Chantant au plus fort ma détresse au clair de ma lune au soleil de ma nuit, je m’enfonçais dans les dédales d’une folie salvatrice. Titubant dans les néants semés de cette jadis blancheur, la terre stérile est venue accompagnée mon chœur en perte de sens.

Puis, sous le fléau de l’ivresse de vain espoir, une graine s’est posée sur le charme de ma lacune. Lumière en éveil, cette dernière est venue chasser en ma forteresse intérieure assiégée le gris du passé. Pestant contre moi-même de mes regrets comme nourriture, j’avais oublié que tout est vain et que tout est vie.

Bref, tout est rien si tout est bien. Apprentissage dans la défaite qui nourrit l’envie de gagner, tandis que perte et douleur caressent les ailes d’un vert d’espérance. 

Tous droits réservés
26 janvier 2014
Mathieu La Manna Hamelin

jeudi 23 janvier 2014

Cauchemar

Quand à vol d’oiseau
Terreur d’un lendemain s’éprend
La bouche du néant engouffre
Les espoirs lancinants

Nappe d’huile sur un cœur en peine
Engluant le peu de lumière demeurant
Rouage d’un nuage mortel
Pleurant de repentants

Faiblesse diurne
Du côté pile de la nuit
Triture à l’infini
Le genou des soumis

Sublime terreur à l’odeur de soufre
L’innocence de l’oubli offre à l’autre
Porte de sortie du gouffre
Qu’est le vide de ma vie

Éternel en soupir
Peu de feu en survie
Brûle l’incandescence
De ma déchéance

Spectacle des damnés
Au banc des possédés
Guichet fermé
Balcon du théâtre des opérations

Le voile de minuit s’est enfin levé
Miroir en exutoire espéré
Embûches en culture
Fausse lueur d’une lune de mes ennuis

Demain au goût d’hier
Quotidien en méridien
Rectiligne
D’une guillotine

Solive en support de rien
Dérive sur la route des incertains
Barrage en contrefort
Point à la ligne


mardi 21 janvier 2014

Tête heureuse.

Calmer le grand jeu *

Cesser la course frénétique *

Plonger dans le vrai sens de la quiétude *

Convoiter de ses vœux la bienvenue solitude *

Solliciter la simplicité *

Incarner par des mots * les bonheurs déposés dans l'âme des jours *


Poésie * c'est pour toi que j'écris * tête heureuse *
Je suis une denrée périssable qui conjugue sa brièveté *


Hélène Gonthier
Tous droits réservés
Janvier 2@14



lundi 20 janvier 2014

Comment fais-tu pour ne pas désespérer?

Tu es seul et tu attends sans voler de place à personne.
Tu espères un printemps qui arrivera en somme,
un jour de beau temps!

Arbre, comment fais-tu pour ne pas désespérer?
Tes pieds sont gelés, ta frondaison disparue.
Tu fais l'bon vivant, t'as même l'air avenant!

Immobile, tu fixes l'horizon, tes bras multiples en blouson
offrent au vent une mission, celle de compter tes frissons!
Est-ce le pastel du ciel qui te dessine des ailes?

Hélène Gonthier
Tous droits réservés
Janvier 2014


dimanche 19 janvier 2014

Sous l'ombre des grands pins, se cachent des mots.

Une petite neige tombait ce matin. 
En plumes déchiquetées, elle déposait sur le sol déjà épais,
la couche supplémentaire que j'espérais pour partir à raquettes.
Je me suis sauvée à travers bois dans un bonheur
signé silence, un bonheur cru que je reconnus sur les conifères 
chargés de ciel.

Avec les arbres comme seuls témoins, j'ai conversé à moi-même. 
Je peinais. Un oiseau rare a laissé tomber ses notes dans mon oreille ravie. 
Le silence à nouveau bienvenu. 
Des mots chauds enrobés d'émotion puissante, pesante, 
se bousculaient dans ma gorge, cherchant l'issue de secours.

Il me fallait te parler.

En observant les grands monuments presque immobiles dans
leur tenue parfaite, je pensais aux variations des saisons se déroulant 
au-dessus de leurs cimes, les dénudant, les frigorifiant 
pour ensuite revêtir les bienheureux feuillus, les réchauffant. 

Je songeai à nos tempêtes d'hommes et de femmes, 
à nos saisons déstabilisantes, pour ne pas dire mortes.
Tous les mots me fuyaient à nouveau.

Des images de courage, de force et de confiance se dessinaient entre
les branches. 
Peut-être s'agissait-il d'une complicité avec les éléments?
Je m'interrogeais ici sur ma propre force. 
Où était-elle en ce moment?

Je désirais te parler.
Ma pensée culbutait. 
J'étais la feuille au vent, bénissant le silence.

Les grands maîtres devant moi, ceux qui perpétuellement 
étendent des bras frileux vers le soleil, enfoncent des racines curieuses 
et affamées dans l'humus nourrissant, livrent un secret éternel. 

Je les vois pousser, grandir, puis se rompre, retourner à la terre,
pourrir, devenir des abris pour les bêtes et des espaces mycologiques. 
Les cônes roulent sur le sol, remplis de graines, 
les écureuils tapissent leurs panses et garnissent des cachettes à trous
de mémoire. 
L'éternelle roue de la vie, de la mort, de la vie encore.
  
Des semences s'échappent, germent dans le sol humide et mou. 
L'espoir veille aux grains.  
Les pluies ravissent les nuits gourmandes. 
Des beautés naissent, émergent à nouveau.

Sous l'ombre des grands pins, se cachent des mots.

Hélène Gonthier
Tous droits réservés
Janvier 2014



  









vendredi 17 janvier 2014

Crachat

Crachat de l’ordinaire
Au visage de l’esseulé
Rancune au tribut
Du délaissé pour compte

Incompatibilité dans le quotidien
Face au propre du voisinage
Partage en apparence
D’une cage au creux de l’égoïsme

Questionnement en abondance
Sous la trame d’une remise en question
Abandon d’une cause de principe
Valeurs en dérive, gueule de plomb

Tomber bien bas
Désillusion bien haute
Transfert de prime hautaine
Forme l’essentiel de l’ordinaire

Démagogie en philosophie
Moulée des indécis en pâturage
Outrage des insoumis atterrés
Alimenté au bon sens

Ère en rupture
Temps révolu
Schisme
Déclin








vendredi 10 janvier 2014

Nuit blanche

Nuit en parallèle
Songe en étouffé
Blessure recouverte
D’une étoile de lin bleu

Sursis dans l’abandon
D’un leurre à parier
Brèche d’un ton noir
Annonçant mon désert nacré

Désordre du cœur
Sursautant en accalmie
Réveil que trop brutal
D’une nuit non avenue


jeudi 9 janvier 2014

Dans la peau du grand pin soliloque.

Dans la peau du grand pin soliloque:

Y'a d'la place pour tout l'monde, prends donc la tienne mon ami,
sois un peu original, pépie, ne suis pas les traces de l'autre,
de ta vie deviens l'apôtre.
Y'a d'la place pour tout l'monde, la terre est vaste, tu la composes, 
fais donc ta route à toi, ose, compose un sourire à ta vie,
regarde les étoiles la nuit.
Tu n'as pas besoin de tambour ni de trompette, fréquente le silence,
sois toi-même un possible amour qui ne se dément pas. Avance!
Cueille le temps qui t'est donné, fais en bon usage,
cesse d'accumuler les coquillages, oublie les ventes de garage.
Y'a d'la place pour toi dans ce monde, rends-le plus beau, plus vert, plus fort,
remercie souvent, améliore ton sort et cesse de hurler au loup. Fonce!

Hélène Gonthier
Tous droits réservés.
2@14

lundi 6 janvier 2014

L'écart...

Souper de retrouvailles dans le silence des années entre deux rencontres, le groupe échangeait de vils et vagues souvenirs d’un passé que trop éloigné. Parodies et dérisions chaleureuses au pied de la bonne humeur pulsaient dans les va-et-vient de ces récits évoqués. Nostalgies en guise de pain de fortune, les regards souvent rieurs sautaient d’un visage à un autre. Moi, blotti dans le noir de mes silences, observait en peine de mots à dire. Sans sujet de conversation, je n’avais rien à leur dire. Rien à dire à ceux qui pourtant ont façonné l’être que je suis devenu. Transpirant la désolation de ma carcasse, fruit d’un vide au jus que trop extrait, je m’épuisais à tenter d’être avec eux.

Pourtant, dans le creux d’une discussion, méandre en complémentarité dans les échanges et les balivernes tamisées se cachaient le malaise. Malaise nourri par les écarts entre le poids du plaisir et la distance forgée par l’indifférence de ces rencontres.

Je ne voyais pas les motifs qui jalonnaient la bonne raison de ces espaces-temps séparés sur le continuum de nos relations étiolées. Ivresse d’indifférence, je pouvais sentir le malaise se nouer entre les membres invités.

Que sont donc devenues les années révolues où la franche camaraderie portait honneur à ces rendez-vous hebdomadaires? Qu’est-ce qui se cache sous cette coupure dans le temps entre retrouvailles et oubli d’un retour d’appel?

Soupir dans la clé d’une réponse à retenir comme telle, une image prenait naissance dans le vide de mon esprit. Le grand forgeron de la vie s’était joué à nous façonner de belles et grandes différences, minimes dans l’autre temps, voire négligeable, maintenant devenue ravin. Réponse en trêve de facilité, je sondais ces mêmes différences sous le couvert d’un regard nouveau. Ces dichotomies dans le maintenant ne sont rien d’autre que l’intolérance de ces mêmes différences.

Personnalités changeantes ne sont que leurre face à la réalité, le pareil n’est que bonifié avec le temps et l’absence du lien qui nous réunissait. Le lien, tel est la clé qui me manquait dans l’équation d’une soustraction à résoudre.

Sous la cloche du départ, émergeant de mes songes séculiers, je saluai mes anciennes relations dans une promesse fallacieuse d’une prochaine fois. Délire en quête d’image à donner vie sous le flash de cette révélation, je divaguais serpentant la route de mon retour. Asile d’un lieu confortable où l’ambition ne naît que dans la promesse d’un demain meilleur. À l’approche du pont reliant ma rive à celle des autres, l’évidence me frappa dans l’éclair d’une lucidité d’évidence.

Ne pouvant continuer de conduire pour cause d’émergence d’une idée à développer, je pris place sur la bretelle donnant accès à un parc inoccupé. Chance dans un ciel d’été encore fumant, la chaleur ne me fit pas défaut et se couvrit sur mes frêles épaules.

Valse de mots en concept tournoyaient dans ma tête accablée. Pont, Malaise, Liens, Rive, Temps et Différences. Ils se tenaient tous par la main et quête de partenaires de sens à donner. Je vis le Pont se lier à la Rive de mes Liens tandis que le Malaise des Différences grandissait dans le Temps.

Images en proie de naître, je forçai la main à cette danse. Approfondissant la réflexion, le concept de ma compréhension se présentait à mes yeux apeurés par ce constat.

Les rives qui nous sont propres représentent l’intériorité de ce que nous sommes. Terre de notre fertile personnalité. Continent de notre individualité, essence d’un soi propre à chacun. Tel un mouvement tectonique nous nous mouvons au gré du changement, balai des aléas de notre vie rythmée par nos choix et contrefort d’absence de choix.

Sous l’égide du besoin de ne pas être seul, contrainte d’un fondement social, l’être humain ne peut vivre isolé. Vient alors la création de liens vers la rive de nos semblables, cohésions d’appartenances sous la coiffe d’une ressemblance et d’espoir commun. Lien en forme de pont naissant sous l’apparence d’une fine union en guise de construction, nous la fortifions au gré de nos allées-venues. De simple corde à nœuds, la relation se meut vers la solidité d’un engagement commun en forme de pont d’esprit. Communion entre deux façons d’être, les différences s’amenuisent au fil des visites partagées. Elles prennent davantage la forme d’une contribution au cœur même de ces différences, elles se mutent en outil d’émerveillement et de changement dans la rive de celui qui a ouvert sa porte à l’accueil. Bref, les terres et territoires se bonifient par les contributions mutuelles de nos échanges.
Le yo-yo incessant des voitures sur les rives m’hypnotise totalement. Nausée dans la circulation, le temps passe tout comme ces voyageurs. L’heure avancée néglige le nombre de passants désormais. Le trafic se modifie sous la forme de la rareté.

Rareté, rareté d’échange, espace espacé entre les traversées. Le phénomène éclaire la suite de ma pensée solitaire. La rareté des échanges... L’effritement des relations, l’écart grandissant entre les fréquences, le retour des différences dérangeantes, la rupture du lien. Tout comme le pont qui ne se fait pas entretenir, les relations s’étiolent dans l’abandon de leur mise en retrait. De la solidité des liens surgit la fragilité. Puis, dans l’ultime de ce qui peut advenir l’effondrement, la rupture, la fin...

Tristesse dans l’évidence de ce qui m’apparaît sous les yeux, je me désole de voir que tout est fragilité sans réciprocité, sans l’apport d’échange. Bref, rien n’est acquis...

Puis, venus d’une autre rive, des nœuds se forment lentement. Transition dans l’utilité de la relation, de nouveaux liens se tissent dans l’attente de savoir si on les nourrit ou si on les laisse mourir comme les précédents.


Ainsi va la vie. Tout change, selon nos croyances, valeurs, l’importance et le temps qu’on leur donne et accorde. À vouloir tout maintenir, on finit par se perdre voire se pendre avec tous ces liens autour du cou. Est-ce ça, la sélection naturelle?

jeudi 2 janvier 2014

Évasion.

Prison de pensées collées sur les murs,
bouleversante tapisserie, images mouvantes,
clé perdue, lancée par la fenêtre, gueule ouverte,
le bras bien droit, la main bien haute!

Quitter l'alvéole, ce nombril humide, cet épicentre,
quitter les inconsciences, les inactions,
sombres réflexions.
Soif! 

Pêle-mêle, la tête rêve d'évasion.

Hélène Gonthier
Tous droits réservés.
2@14