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vendredi 2 janvier 2015


La radio :

L’orage à inonder la plupart des rues de la ville basse. Les dégâts sont importants. La statue équestre de notre admirable fondateur a même été arrachée de son socle et entraînée par la fureur des eaux.


Celui qui regarde :

La noirceur des nuages se délite, la blancheur violente des éclairs fait place aux ocres. L’air respire le thym et la fraîcheur, la canicule est morte. Inspirer


La radio :

Plusieurs bâtiments ont été foudroyés. Le réseau électrique de l’hôtel de ville a été intégralement détruit suite à la rupture du paratonnerre. On déplore plusieurs incendies dans la mairie en particulier dans la salle des mariages qui est pratiquement détruite.

Celui qui regarde :

Le vent a cessé de tourbillonner, de frapper, rafale après rafale, de faire danser les parapluies et les chapeaux. J’en vois même un posé sur un réverbère. Il souffle maintenant régulier, comme la langue d’un chat soignant une blessure. L’air est onctueux, le déguster…
La radio :

Le coût de la tempête sera très important, il est d’ores et déjà certains que la ville devra demander l’aide des citoyens, sous forme d’un impôt exceptionnel, pour faire face au terrible drame que traverse notre communauté.

Celui qui regarde :

Le soleil perse, éblouie, puis se cache, d’instant en instant les toits brillent et s’éteignent comme d’immenses lucioles. Que se racontent-ils ? La pluie, le vent, les nuages ou simplement le plaisir du soleil ? La lumière ronronne. La caresser…

La radio :

On déplore aussi quelques pertes humaines dues à l’inconscience de certains… clic…

Celui qui regarde :

Tais-toi stupide radio, nous aurons tout le jour et les jours suivants pour pleurer nos morts et rire de vos priorités. Maintenant la lune nous vient, des étoiles pimentent le ciel. Les rues chantonnent, un dernier rayon salue avant que ne tombe le rideau. Sans un bruit, mes mains l’une contre l’autre, admiratives, applaudissent…

lundi 15 décembre 2014

Choisir




Horizon bouché, ciel de nuit,
Torrent de pluie sur carlingues de fer,
Deux voies s’offrent, les écouter.

La voie de gauche me dit :
Les trains 2 fois par jour
Me font l’offrande de leurs roues.
J’emmène de nombreux hommes
J’emmène de nombreuses femmes
Vers 3 pays :
- La Bolivie qui chante le quinua;
- Le Chili qui chante le vin;
- L’Argentine qui chante la viande.

La voix de droite me dit :
Si je suis rouge, ce n’est pas de honte
Si je suis rouge, c’est de plaisir.
Le plaisir des lamas qui frappent mes traverses.
Le plaisir des herbes qui me chatouillent.
De vieilles amies se repose sur moi.
Nos rouilles fusionnent.
Si tu me suis, tu arriveras... peut-être.
Mais où, cela importe peu.

J’ai pris la voie de droite,
J’ai salué wagons et locomotives,
J’ai caressé la rude peau des volcans,
J’ai souri au vol des flamands,
j’ai écouté le chant du vent,
j’ai regardé un passant en forme de nuage.

Un jour j’arriverai...
Où, cela m’importe peu.

mercredi 10 décembre 2014

Aveugle


5 novembre 2007 - 14:15 - Parc du 1er mai - Once - Buenos Aires

Sur l’herbe un vieux matelas.
Sur le matelas un homme,
jeune, le visage rougeaud.
Sur le matelas une femme,
jeune, le visage rougeaud.
Dans un océan de saleté,
d’habits déchirés,
de peaux sales,
de bouteilles de vin,
Ils dorment.
Dans cet univers de misère
surgit un ventre blanc
à la rondeur fertile.
En face, sur le trottoir,
une jeune femme au corps longiligne,
à la blondeur triomphante,
Aux jambes infinies que bornent
une jupe si courte et des bottes si hautes,
fument les regardant.
Regard sans expression,
visage sans sentiment.