dimanche 10 janvier 2016

Les murmures, partie troisième

L’arche de l’entrée était de vert mousseux aux reflets de jade et quelques lianes pendouillaient sur son sommet. Le chemin qui l’accueillit était couvert de vase et de racines peinant à survivre dans ces terres hostiles. Les arbres, ou ce qu’ils furent dans un jadis éloigné, étaient pour la plupart sans vie et se soutenant les uns les autres de leur mort trépassé. Les plantes épiphytes avaient pris le relais dans cette flore inhospitalière. Tant que la progression de la dame en déroute était lente, mais nulle presse lorsque l’on court à sa perte, parce que nous sommes seuls à y gagner… L’air y était lourd et nauséabond, pourtant, elle osa prendre d’énormes respirations, provoquant ainsi un vertige douteux dans sa tête. Douteux, parce qu’il lui donna la nausée tout comme la légèreté de se savoir perdue à jamais et d’en rire.

Puis, dans l’interstice de deux pensées, une voix se logea dans ses réflexions sans y être conviée. Quelques paroles insensées, entrecoupées de rires macabres et d’images furibondes peuplèrent sa cavité cérébrale. Puis, quelques images funestes en quartier de noir les accompagnaient en douce volute d’ébène. Tertres fertiles, ces images étaient le reflet de l’agonie lente et fétide de ces êtres morts, habitants du passé, dans leur prison sylvestre.

Perles de sueur froide glissèrent alors sur le long du front lisse de l’éperdue. Terreur naissante, s’il en est une, elle comprenait à présent dans quel bourbier elle venait de poser pied. Ardente prémonition dans son désir de s’en retourner, les repères de son arrivée s’étaient déjà éteints ou évaporés. Faille en elle, les parois de ses certitudes en fausse sécurité s’effritèrent comme l’argile au soleil. Pour elle-même, elle osa, bien malgré sa volonté déclinante, chuchoter le nom de ce lieu maudit « Le Marais des Murmures ». Le sol se mit dès lors à trembler sous l’évocation de ce lieu sans nom, mais pourtant bien vivant. La mort est tellement pleine de vie. La réaction ne tarda pas et les ombres voilés depuis, émanèrent et prirent un malin plaisir à danser autour d’elle. Émanant de fumeroles contenues dans le sol, elles sortirent sans nombre dans une suite ininterrompue. Décharnées et sans identités propres, elles tournoyèrent dans une valse funèbre sans rythme précis. Danse macabre s’il en est une, celle qui allait mourir sous peu se martela le visage afin de reprendre le contrôle sur son esprit fuyant et vagabond. Déjà, elle sentait son âme la quitter. Comme si les âmes lui aspiraient son essence vitale pour s’en repaître et renaître à nouveau. Vampirisme dans le leurre d’une vie nouvelle. Voulant en finir et retourner dans l’antre de son berceau natal, elle se rua vers le sentier qui lui semblait le plus ressemblant à l’ombre de ses souvenirs déficients. Ses yeux imploraient la lune en guise de guide nocturne, mais voilées elle était par ces êtres d’outre-tombe et jamais plus la lumière elle verrait.

Seuls les pas de la dame en fuite contrastaient avec le vide que la nuit étouffait de l’âpreté de son drapé funeste. Le cri sourd de l’éplorée jouait de plaisir avec les voix muettes qui tapissaient sa tête torturée et les ombres qui l’habitaient à présent. Les yeux de sa folie perlée par la peur voilaient sa vue qui gênait sa progression et sa fuite inutile. Résignée à savoir la suite de sa situation, elle se maudissait…

TENDRESSE ET AMOUR

samedi 9 janvier 2016

Une boussole à l'amer


Si l'âme de son passée s'est échue

De suivre à contre cœur une boussole sans aiguille
L'antre de sa destination sera plus que jamais
Le cercueil de sa tragédie
Dans le creux d'un nulle part
Tandis que l'aiguiller fautif
Sur sa terre des incompris
Cherche encore sa propre raison d'être

lundi 28 décembre 2015

Demain d'aujourd'hui

Caresser du soleil dans un croissant de lune
Recevoir son éclat en visage supplémentaire
Vibrer de ses rayons sur une parure dorée
Sonner la cloche de la chance du moment
Puis, au retour du coucher du soleil
Le jour en déclin et ce besoin pressant
De l'étreindre à nouveau

dimanche 27 décembre 2015

Pour le reste, ils n'ont pas l'temps...

Beaucoup voient sans voir, promenant leur regard
distraitement. Ils parlent de la pluie et du beau temps!
Pour le reste, n'ont pas l'temps!

Et la cheminée fait des volutes, jamais les mêmes...
La neige a du rose sur les joues...
L'oiseau s'approche, mais a peur de toi...
Parfois, les secondes ont les pieds pesants
pendant que la lumière fait briller la glace
nonchalamment...
La nuit a le regard profond dans les bois...
Le chien frissonne de joie lorsque tu arrives...
Les montagnes ont des hanches, des ventres, des bras...
Le grand fleuve coule en paix malgré le froid qui le contraint...
Le vent se donne des ailes pour soulever un chapeau...
Un étroit chemin conduit au promontoire...
Un pont a toujours les pieds dans l'eau...
On s'endort avec le désir de se reprendre le lendemain...
La pluie s'amuse, frappe et glisse sur le toit, même en hiver...
Un enfant porte des chaussures trop grandes, un autre
se boutonne en jaloux...
Un visage irradie le bonheur, un autre soupire...
Une nappe voudrait manger les miettes de pain séché...
Le jardin fait des promesses...
Un livre vous appelle à l'aide...
Une rivière vous invite sans hésiter...
Je devine la fatigue qui te traverse, je reçois ton silence
qui parle...
Le crépuscule distribue des secrets violets sur le dessus
des collines...
Le regard est un trésor vivant de la vie éveillée.

Les murmures, partie seconde

Lorsque nous sommes perdus en soi-même, tous les chemins sont des portes de sortie, mais parfois, elles sont des rampes glissantes vers une fuite nécessaire, mais inutile... Dans l’instant d’inertie, entre deux soupirs d’hésitations, la mort s’était glissée vicieusement en elle. Pourtant la Dame éplorée n’en eut pas conscience, pas encore.

La brume dans sa tête, comme dans le chemin en croix en face d’elle, était opaque. Sa robe, humide par capillarité, trainait en lambeau sur le tertre en chemin boueux. Ses cheveux, à présent grichoux, tombaient en cascade, leste sur le bord de son visage. Jamais elle n’aurait cru descendre si bas, bas jusqu’à plus d’ombre sinon l’ombre d’elle-même. Pourtant, elle le savait, cette descente avait commencé depuis déjà longtemps, et l’ignorance intentionnelle avait accéléré le processus. Si seulement, croire en elle avait été autre qu’une option, la réalité, la sienne aurait pu être autre. D’une enfance en sourire vers une vie d’adulte en rêve déchu. Jalousie en perle de haine sur un souvenir encore amer, elle regrettait sa vie d’antan.

Perdue dans l’étalage de ses regrets, le vertige la prit et pour le dissiper, elle se remit en route. Le chemin qu’elle emprunta alors lui était inconnu de visu, mais elle était loin de se douter que son avancée la conduirait vers un lieu que tous redoutaient, mais dont nul ne parlait. Mythe parmi les vérités, cet endroit offrait à ceux qui osaient y plonger, l’agonie d’une mort lente tout en torture. Seule la folie survivait dans le résidu de l’âme qui s’y éteignait, et parfois moins aussi. Ce lieu, qui n’en est pas véritablement un, était connu sous le nom du Marais des Murmures. Endroit où nul n’en revenait et que tous abonnaient ici leur vie passée et succombaient aussi à celle future.

Point d’arrêt sur une mer morte, peu de récits portent la réalité au stade véritable des souffrances que peuvent vivre les égarés qui y entrent. Dire qu’avant, ce Marais était une plaine riche de sa culture où l’abondance de ses récoltes était la fierté de ces occupants. Paradis sur terre, tout y était prospère et l’harmonie des habitants était notoire et reconnue de tous. Sol de convoitise par les villages avoisinant, ils durent se protéger et comme la guerre est lucrative au bénéfice du marchand, ils payèrent d’un prix encore plus cher que leur propre perte.

Portant fruit dans ses débuts, les défenses ne tinrent qu’en illusions, subterfuge sous un tonnerre de honte. La faille tenait dans sa force. Car tous le savent, la sécurité n’existe qu’en théorie et rarement dans la pratique. Or, le bois qui avait été utilisé pour ériger les remparts n’était autre que le fruit d’une magie noire ayant comme finalité d’étouffer ceux qui étaient prisonniers en son sein. Donc, au fil du temps, l’air y devient nauséabond et malsain. Les habitants virent leur peau muter en diverses teintes passant du vert au gris. Le blé, d’ordinaire de teinte dorée se teintait du noir du charbon causant famine et désolation sur le champ des morts. Dès lors, les âmes furent prisonnières de cet endroit et hantaient le territoire de leur perte. Le paysage en paya le prix et rien de neuf ne put y vivre. Décomposition et fermentation jouèrent de pair et transformèrent ce jadis prospère en un marais mortifère. Et c’est exactement dans cette direction qu’elle posa pied.


Matin offert à même la grandeur.

Chaque morceau de champ se recouvre de blanc
Neige oblique du nord-est
Poudrerie dans l'oeil petit
Neige qui donne des qualificatifs au jour 
se soulevant hardiment
Murmure à travers les flocons:
Remue-toi!
Un rond dessiné sur le sol, deux yeux, un sourire:
Petit tableau qui raconte ce qui est vivant 
Matin offert à même la grandeur
Matin donné entièrement pour transformation
à travers la vie coulante

L'oiseau

Je vole où bon me chante.
Je chante mélodie sur mélodie.
Dis-tu que je prie?
Je prie oui... dans mes accords.
J'accorde du temps à l'espace...
Je passe oui... et je vis vraiment.
M'entends-tu?

vendredi 25 décembre 2015

J'espère un hiver !


Ce soir, la pleine lune de Noël roule en boule
dans les nuées mouvantes.

Elle fait la ronde dans les dortoirs du ciel 
pendant que décembre en tenue printanière avance vers janvier 
pour lui souhaiter la bonne année....
et que j'espère vent, poudrerie, congères! 


mardi 15 décembre 2015

L'opéra de mes initiatives

Le vent est un baryton qui souffle des notes puissantes
et graves lesquelles résonnent au plus profond de ma cabine corporelle.

Mes oreilles repèrent des accords familiers, je m'active à travers leur musique.
L'opéra de mes initiatives joyeuses emplit l'air et l'espace de ma cabane,
de concert avec le spectacle de l'ordinaire.

L'harmonique de la partition voyage à travers l'infiniment petit et me rassure
quant à l'infiniment grand.