jeudi 12 mai 2016

Déni

La passion du déni
Dans l'écho de l'évidence
Voile à demi
L'illusoire vérité
D'une réalité construite
Par l’échafaudage
De croyances vétustes
Issu de nos espoirs
En brouillon de notre enfance


 

dimanche 8 mai 2016

Sensation, deuxième partie

Instinctivement, la peur fut le premier réflexe qu’il eut, accompagné du déni. Qui ou quoi avait bien pu provoquer cet incident. Un extérieur existait donc et cette perspective le terrifia. Il était vierge dans cette terre inconnue, un néant dans l’oubli de ce qui n’existe pas, bref un être insignifiant.


Replié sur lui, il tenta par tous les moyens de ne pas porter attention à cet intrus. Pourtant, l’image s’était ancrée en lui avec une précision chirurgicale et ce fut bien son malheur. Elle, c’est ainsi qu’il la nommait d’ailleurs, avait une longueur de quinze centimètres. Elle trouvait son origine dans le coin gauche de son habitacle. Un peu en décalé avec la jonction entre le plafond et le mur. Sa trajectoire, s’il en est une, pointait vers le bas, accompagnée de multiples zébrures, six plus exactement. Tout comme l’éclair qui pointe sa foudre vers le sol. Or, cette image est vaine pour Mathis, car ce dernier n’en a jamais vu. L’ouverture est plus large à son sommet et tend à se rétrécir vers la pointe inférieure. Déjà, il l’a détestait, ne serait-ce que parce qu’elle était.


Pour l’ignorer, et feindre sa présence, il devait user de stratégie, mais comment faire dans un lieu qui ne permet nul divertissement ni menace? Ainsi, lui tourner le dos fut la première méthode utilisée par cet être qui ressentait pour la première fois de sa vie des émotions. Chambardement dans la mer paisible de son antre calfeutré, il peinait à comprendre la vie qui prenait place en lui. Son cœur battait plus fort qu’à son habitude, il en ressentait les pulsations battre jusque dans ses tempes. Que dire du bruit que cela occasionnait dans sa tête. Un vacarme en chaos. La tension dans ses muscles augmentait à chaque battement.  


La température de son corps augmentait en son centre, tandis que ses extrémités perdaient lentement de leur chaleur. Il grelottait à cet effet et ses dents virent à l’accompagner de leurs grincements. Quelques perles de sueur s’égouttaient de son front vers la courbe de son cou avant de glisser dans son dos. Ils pouvaient les compter tant la panique lui dictait de tout enregistrer. Trente-deux pour le moment et leur nombre s’amplifiait plus il orientait son attention vers celles-ci. Tandis que sa peau se hérissait des frissons qui parcouraient son dos. Sa peau se couvrait d’ailleurs de millier de petites bosses, communément appelé chair de poule. Inconfort dans le malaise qui ternit le blanc de ses journées. Il maudissait en silence cette indésirable. Sa sécurité apparente était vaine quand l’extérieur peut à tout moment vernir s’immiscer dans l’antre de sa cloison.  


Que dire de ses jambes qui semblaient vouloir se soustraire à sa volonté? Elles devenaient molles et la nécessité de s’assoir s’imposa. La faiblesse prenait naissance de ses chevilles et gagnait vers le pivot de ses genoux. Impuissant et invalide de par sa panique, il chut alors sur son lit et le malheur voulut qu’en agissant de la sorte, la fissure s’affichât à lui de nouveau. Face à face avec l’indésirable, mais l’inévitable.



La nouveauté impromptue à cet effet de vouloir s’y soustraire à tout prix. Or, de par cette vision répétée, cet objet, qui n’est en fait qu’un état, vint à l’obséder. L’image déjà inscrite dans sa mémoire, s’ancra dans le cortex de sa mémoire telle l’encre indélébile que l’on déverse sur une surface immaculée. De par ce fait, elle devint obsession. Vision en boucle dans cette chasse contre elle-même. La tristesse de la situation veut que ce pauvre Mathis n’ait pas de richesse d’image pour lui seconder. Il ne connaît que cet endroit vierge de stimuli, tout comme lui-même d’ailleurs. Les représentations mentales ne suffisaient pas à la tâche, il se devait de res/sentir autre chose, déplacer le fruit de sa dépendance.

vendredi 6 mai 2016

Le silence s'invente musicien
D'un horizon en pleure


L'instant
Muet
Accompagne le regard


L'épreuve s'épuise
L'épave s'éffiloche


Une traversée s'harmonise
Dans un canoë en rémission

mercredi 4 mai 2016

Sensation, partie première

Le mur est un silence. Il en placarde les sens, le cloître et l’asphyxie de par sa nature à le couper de l’extérieur. Opaque, il ne peut par définition être seul. Il est pour entourer, accompagner, joint du haut comme du bas. Bref, pour couper l’être emmuré de ce qui l’entoure, l’isoler. 
D’où l’expression « emmuré dans son silence ».




Mathis ne connaissait rien d’autre que ceci : le blanc. Vérité détenue en contact avec son environnement. Blanc, immaculé, vierge, absence de couleur. D’ailleurs, le concept de couleur lui était inconnu. Blanc. Seul au milieu de soi-même, il n’était qu’une personne au creux de sa cellule, blanche. Il en avait toujours été ainsi, les souvenirs de son arrivée dans ce lieu sont absents. Une coquille vide.

Les murs, tout comme lui, étaient blancs. Un blanc mat, qui ne reflète que l’ombre de celui y fait face, sans éclat. Les parois de son univers étaient lisses et sans bavure. De bois ils étaient. La peinture avait été soigneusement appliquée à l’exception du coin qui surplombe son lit. Son lit, l’unique mobilier qui composait son environnement, couvert de draps blancs.  Doux et soyeux. Un coton rassurant qui se froisse peu malgré les nombreux mouvements de sa nuit.

Mathis était un être sans pilosité aucune, nulle pousse capillaire également. Les vêtements dont il s’habillait étaient d’une blancheur familière. Les mêmes, jour après jour. Il en connaissait toutes les coutures, la texture, l’odeur, l’imperfection sous la seconde boutonnière.

Un savoir se crée à partir de ce que l’on côtoie, confrontation entre ce qui est et l’inconnu qui l’entoure. Ainsi Mathis n’était qu’une page blanche. L’isolement crée l’énucléé. Nul miroir pour lui refléter son image, il n’était que ce qu’il palpait, car l’image se crée de ce qui se construit mentalement. Était-il vraiment?

L’alimentation qui le nourrit se réduit à des comprimés monochromes sans saveur, il la trouvait toujours au pied de son lit sur un plateau de couleur assorti au décor. Il ne savait pas qui la lui apportait, mais il ne s’en souciait guère. Il en avait toujours été ainsi, du plus loin qu’il se souvienne. Comment peut-on désirer quand tout nous est inconnu? La clé du bonheur serait-elle l’ignorance?

Dire qu’il était malheureux serait un aphorisme, car comment pourrait-il l’être s’il ne peut se comparer avec autrui et ce qu’il n’a pas, ne connaît pas. Donc, il est sans aucun désir, conviction, ni déception. Sécurité dans l’apparence d’un vase clos, d’une tour d’ivoire ou encore d’une prison…

Ainsi, le temps s’écoulait vers le bas de sa coupe sans heurt ni souci. Le temps n’est qu’une unité de mesure inventée par ceux qui veulent le contrôler. Le jalon du temps ne fabrique que l’histoire et pour Mathis, il ne lui est d’aucune utilité, car il n’en a pas. Le métronome de son quotidien consistait à établir l’ordre de l’inertie. Tourner en cage, sans savoir qu’il est ses propres barreaux, consiste à se complaire de son état/situation.


Or un jour parmi les autres, écho dans l’inaudible de son habitacle séculier, une brèche apparût. Insignifiante, petite, mais l’accro dans la déco, car elle laissait poindre un éclat de lumière diffuse. Une fissure. Comment diable était-ce possible? Rien ne pouvait survenir dans ce lieu stérile, car rien ne devait perturber l’équilibre de néant. Non, rien…

samedi 30 avril 2016

Wi-Fi, Fin

L’univers de sa conscience était ébranlé. Comment était-ce possible? La question, en émergence dans sa tête, angoissait devant l’étendu des réponses possibles d’un suis-je encore en vie? Étrange dans l’incongruité de la situation, elle était pour la première fois de sa vie, en face à face avec elle-même. Ce qui la marquait encore plus était le teint de sa livide apparence. Elle se trouvait vide, éteinte, pourtant, elle voyait son corps pulser sous ses respirations lentes et constantes, donc elle vivait. Rassurée?

Les brancards qui accueillaient les occupants étaient d’un gris mât. En nombre incalculable, disposés à égale distance entre eux, ils occupaient l’espace en entier. Comme elle ne voyait pas la fin de cette pièce, elle en conclut qu’elle était peut-être en contact avec l’infini. Vertige. Les draps blancs recouvraient la quasi-totalité des individus logés dans cette pièce. Seuls leurs visages vierges étaient à découvert. En portant une attention particulière à l’ambiance, elle put distinguer un mince filet de bip, à peine audible, répété dans un rythme de métronome bien ajusté. Lent et constant, il se faisait discret, mais persistant. Les similitudes avec une salle d’hôpital se croisaient de plus en plus. Elle qui détestait ce genre d’endroit, elle y était plongée entièrement, submergée et inondée. Que dire de cette odeur de désinfectant? Ces lieux aseptisés lui donnaient le tournis et la nausée. Faible en résistance dans ces lieux, elle avait toujours dû lutter contre cette sensation qui la rendait étrangère à elle-même.

Elle s’approcha autant qu’elle put de sa jumelle, se faufilant entre ses deux voisins de civières en prenant bien soin de ne pas les toucher. L’image qui surgit de cette rencontre semblait signifier qu’elle était à son propre chevet. Comment s’assister dans de telles circonstances? Malaise. Puis, pris dans un élan de compassion intra-personnelle, elle voulait s’enlacer, se pardonner. De quoi, elle l’ignorait encore. Elle franchit donc les derniers pas entre elle et sa copie-conforme.

Délicatement, elle lissa une mèche de cheveux rebelles qui hachurait son front et la remis en place avec les autres. Ce geste lui donna des frissons, autant de par ce contact que par la nature de son geste. Remettre en place avec les autres… Puis, elle glissa ses doigts sur ses joues, tout comme le faisait sa mère pour la réveiller du temps de sa jadis enfance. Elle se surprit à répéter ce qu’elle voulait fuir et oublier, pourtant c’était en elle, indélébile. Lutter contre soi-même revient à perdre d’avance un combat déjà joué. Une tristesse affable monta en elle, constat d’une prise de conscience en abysse d’évidence. Une larme solitaire roula alors de ses yeux vers celle qui lui faisait face. Malgré cette chute lacrymale, l’alitée ne broncha pas, nulle réaction, inertie inerte.

Voulant à présent se prendre dans ses bras. Elle plongea sa main sous la clone de sa personne pour la chérir de sa propre chaleur quand elle toucha une substance froide et tubulaire. Elle prit l’objet en question et constata qu’elle était branchée, connectée. Intriguée, elle suivit la destination de cet intrus. Ce filage sortait de sous la civière pour se diriger vers une boîte qu’elle n’avait pas encore vue. Se penchant davantage, elle remarqua que tout comme elle, les autres en ce lieu, étaient sous soluté et branchés. Comme si tout ce monde vivait sous un respirateur artificiel.

Un smartphone géant pulsait en eux tout le nécessaire pour vivre et il aspirait ce nectar virtuel en oubliant leur essence propre. Elle comprit alors que les êtres sans visage devaient être ceux qui étaient en phase terminale et que leur identité reposait à présent dans la bonne volonté de la toile. Ils étaient des êtres connectés au vide… La scène lui rappelait vaguement une scène du film Matrix.

Voulant mettre un terme à ce lavage de cerveau, elle entreprit de tout débrancher, mais dès qu’un fil était déconnecté, un nouveau réapparaissait, et ce, indéfiniment. Telle une pieuvre qui étend ses tentacules pour agripper et maintenir ses proies sous son étreinte, elle luttait contre ce monstre à la pomme filigranée tenu par un homme vert. Dans ce décor USB, voyant qu’elle ne pouvait libérer et se libérer de cette emprise, paniquée et sans solution aucune, elle agrippa la civière la portant et courut le plus vite qu’elle put. Elle ne se souciait plus désormais des autres qui l’entouraient, en renversant quelques-uns dans sa vaine fuite. Comme fuir sa propre prison, comme nous sommes nos propres barreaux, notre propre bourreau.

Sa fuite transformait le calme de ce sanctuaire en un vacarme autre. Les collisions métallisées se multipliaient et le son sec des fils se rompant jouaient de concert avec les connections rétablies par le monstre des lieux. Elle gagnait en distance et en écart avec son agresseur aux allures de faux-frères. Le souffle lui manquait mais elle poursuivait malgré tout. À présent, seule sa survie comptait pour elle, elle se moquait donc des dommages collatéraux des autres occupants. Plus le temps passait entre les épisodes de connexions, plus le visage de la comateuse reprenait des couleurs. La vie revenait en elle. Encouragée, elle redoublait d’effort à se faufiler et rompre les liens qui luttaient pour la remettre en état de soumission.

La vue est une berceuse d’horizon et son étalement à perte de vue décourage les plus vaillants quand la destination finale n’est que leurre. Ainsi, plus elle avançait, plus l’infini se dressait tout autant. Elle semblait vivre un continuel  recommencement, mais sans l’espoir d’une fin heureuse, sans une fin tout court d’ailleurs. La vie lui brûlait la vie... bref tout était vain.  Ainsi, Flavie, voyant que la fin de son tourment n’était qu’un rêve, ralentit alors la cadence. D’ailleurs, pourquoi fuir et fuir qui ou quoi au juste… Dans ce délai de réflexion, elle ne s’aperçut pas que certains fils s’étaient agrippés à elle. Sournoisement, par le revers de cheville, il pompait déjà l’essence de son âme. C’est quand le second lui sauta à la jambe qu’elle comprit que la bête s’en prenait à elle. Ce berger bienveillant n’aime pas qu’on lui résiste. Le retirant aussi vite qu’elle le put, et malgré sa bonne volonté, d’autres vinrent se loger en elle. Un cri de détresse et de désespoir emplit la pièce, le tout accompagné des perles de ses yeux qui ruisselaient abondamment sur ses joues. Elle sentait à présent son identité se perdre petit à petit, des parcelles de son existence qui s’étiolaient comme la neige au printemps. Des souvenirs pourtant chers à ses yeux s’effritaient comme la roche friable des falaises de grès. Elle perdit donc ceux qu’elle avait imaginés plus tôt dans les nuages. Les larmes s’intensifiaient tout comme sa douleur qui grandissait de voir et savoir que jamais plus elle ne serait, jamais plus. Épuisée et lasse, elle chuta violemment sur le sol de cette pièce damnée et tout ce qu’elle pouvait voir, c’était les fils qui prenaient plus de place en elle et l’entortillaient tel un cocon numérique. Fort à parier qu’aucun papillon n’en sortira, bien au contraire. Au final, elle fut délicatement recueillie et posée sur la civière qui contenait sa doublure avant que soit rabattus sur elle, les draps blancs de son trépas.

Sueur en abondance sur son front humide, elle se releva d’un trait sur son lit. Soubresaut dans son réveil, elle tenta de chasser cette vision qui lui restait en mémoire. Pour elle et elle seule, elle répéta en boucle, ce n’était qu’un rêve, ce n’était qu’un rêve, tel un mantra protecteur. Bien malgré elle, ce cauchemar se plaisait à jouer du supplice dans ce petit corps sans défense, vulnérable, extérieur à elle-même. L’angoisse, en plante parasite s’accrochait en elle et les sueurs froides glissaient sur ses joues, se mêlant à ses larmes qui fuyaient du regard l’éplorée. Elle voyait et revoyait sans cesse cette bête qui la pourchassait et le corps froid qu’elle poussait vers la fin de son exil. Son cœur en proie à la panique généralisé, pulsait en vain vers un retour à la normale... Que faire pour taire cette vision, que faire pour chasser d’elle cette angoisse qui la triturait de supplices bien gras. Sans ressource et démunie, démolie... Qu’y pouvait-elle, du haut de sa jeunesse en berne, de son inexpérience?

Puis, en réflexe bien huilé, elle palpa de sa main encore engourdie, le téléphone de son malheur. Rassurée, résignée, elle s’empressa de comptabiliser les « like » de son dernier statut Facebook avec les dernières onces d’énergie que possédait ce dernier…





jeudi 28 avril 2016

Entre nous...

Entre rire et pleurer
Entre vivre et souffrir
Entre danser et ramper
Entre sourire et le feindre
Ne reste que le moment à saisir
De se taire et d'en profiter

mercredi 27 avril 2016

Chasse grisaille

Il avait cueilli cette magnifique fleur de brouillard qui se parfumait d'effluve de givre du printemps.

 Aurore diaphane en jeu d'ombrelle de dentelle se dévoilait en parcelle de bon temps.

Portail de nature entre deux saisons, il chevauchait cette ambivalence.

Au gré de sa lumière en regain de croissance, qui l'eut cru.

Les pousses fraîches, en verts tendres, émergèrent du sol.

Glaive végétal pointé, en bordure hérissée.

Reprendre ses droits, elles voulaient.

En tapis de jade gazonné.


dimanche 24 avril 2016

Écho de pleine lune

Croissant de blanc sur un cercle éteint
La nuit porte secours aux exilés
Guidant leurs pas vers, l'oubli d'eux-même

Nul autre que nul autre que personne ne devrait
Ressentir en solitude de sa nausée
Portée en soi le dégoût de sa personne

Âpre en abysse sur un tertre découvert
Palissage de vent entre deux écueils
Laboure les tourments du demain d'hier

Grain de sel sur un venin de cyanure
Parfume le pain de son quotidien
Nourrit l'âme du trépassé futur

Broyer du noir au mortier de ses doutes
Et voilà que martèle l'angoisse, l'angoisse...
La pelle de sa cavité terrestre creusée

Présent à mes dépends, je suspens
Je vide de ma vie, je me vide d'elle
Pour que rien ne subsiste d'hier d'avant.

Jour en écho de soleil
Trébuche d'ombre sur son reflet
Pour la lumière de nouveau soit



dimanche 17 avril 2016

Wi-Fi, troisième partie

Soudain, le ciel s’anima et des nuages se formèrent au-dessus de sa tête. Duveteux, elle les admira et joua à identifier les formes qui se dessinaient dans le ciel tacheté de blanc à présent. Classiques au début, elle n’y voyait que des moutons ou des cœurs. Puis, son imagination se remit en marche et d’autres images défilèrent sous ses yeux. Simples au départ, comme ceux qui s’apparentaient à un cerf ou encore une loutre, d’autres, plus complexes, affichaient des scènes familières. Étrangeté dans la ressemblance avec des événements de sa vie, comme le parc au coin de sa rue avec l’orme au-dessus du banc en demi-lune. Que dire, de celui qui se matérialisait au fil de ses pensées? Comme si elle était en parfaite communion avec les moutons célestes. Elle poussa l’audace jusqu'à forcer l’apparition d’un souvenir d’enfance qu’elle chérissait par-dessus tout. Le défi était de taille et elle commençait à douter de sa demande. Les nuages acrobates se liaient et se s’imbriquaient sans réussir à former ne serait-ce que l’once d’une réussite.

Puis, elle comprit, la scène se faisait par monceau. L’émotion à fleurs de larmes de voir l’exactitude des détails qui se formaient devant elle. Le jour où elle avait reçu la visite de sa tante pour son anniversaire de ses 7 ans. Cette tante habitait en Écosse depuis deux ans, alors sa venue était plus qu’inespérée. Tout y était, l’avion qui se posait sur la piste, la jolie valise rouge qu’elle traînait et que dire de la boîte à chapeau qui y cachait son cadeau. Celui qu’elle garde depuis toujours sur la tablette de son placard. Une poupée de porcelaine avec une robe rose et bleu brodée.  

Comme les fourmis de ses jambes reprirent une vive allure, elle reprit sa marche et força la cadence. Cependant, à marcher ainsi, elle manqua un détail à ses pieds. Une roche de couleur à s'y méprendre se dressait au travers de sa route et la fit trébucher. Maudissant cet objet qui ne devait pas être là, elle se massa la cheville ayant accusée le coup. Bouillon de colère en provenance de sa source en bitume de magma fusionné, Flavie tempêtait. 

Pour se venger de cette chute, elle décida de foudroyer la coupable, matière inerte à la volonté inerte tout autant, mais elle se blessa à nouveau. Elle voulut alors la prendre dans ses bras et la lancer au loin, ce qu’elle fit d’ailleurs. Étrangement, la roche vola longuement dans les airs avant de retomber. Gravité sans état d'âme, la courbe était au-delà du réel et même au-dessus. Quelle ne fut pas sa surprise de voir que dès l’impact entre le sol et la roche, une ouverture béante se creusa et tout ce qui l’avoisinait se trouva alors aspiré par cette nouvelle cavité. Tourbillon en spirale nocturne sur une teinte d'orangé. 

 Consciente du danger, elle entreprit de courir et de s’éloigner au plus vite de cet aspirateur géant. Bien malgré tout, elle ne put résister bien longtemps. Résignée, elle se laissa glisser dans le noir qui la gagnait. La peur prit alors naissance dans son esprit et glaça ses capacités nouvelles à réfléchir. Paralysée elle était… Le temps semblait s’être effacé et la latence dans l’inertie s’imposa alors. Elle savait qu’elle perdait le contrôle sur la situation et ainsi que perdre sa raison. Elle qui venait à peine de retrouver ses capacités personnelles. Pourquoi avait-t-il fallu qu’elle lance ce caillou qui causait sa perte? Les regrets sont une mer morte dans laquelle se noient les volontés d'avant-hier.  

Tunnel impalpable dans sa chute, elle ne pouvait lutter contre sa situation. Elle descendait au plus bas de sa nuit vers un astre éteint agonisant. Mourir, oui, la mort l'attendait sûrement au détour de sa tragédie. Regrets de perles de larmes en écho mordillaient ses joues roses de voir le jour se tarir de sa beauté. Pourquoi croire en demain, s'il n'existe pas? 

C’est alors qu’un point blanc naquit devant ses yeux, à peine visible. Tel le pigment isolé dans une mosaïque monochrome, il indiquait la destination, sa destination. Priant en vain espoir pour que ce soit le réveil, le sien pour que cesse cette chute, cette perte, cette descente, sa fin.  

Ce dernier grossissait. Intriguée et rassurée, elle patientait et espérait voir dans cette lueur une note d’espoir. Le point muta pour devenir enfin assez grand. Puis elle vit que ce qui le composait était en réalité une vision étrange. En effet, quand elle fut à proximité, elle aperçut une salle immense dans laquelle reposaient des milliers de gens. Ils étaient tous alités et un silence de mort régnait dans ce lieu aux allures de faux sanctuaires. Elle scruta du regard à la recherche d’un visage connu. Mais en y regardant bien, elle ne voyait qu'une majorité de faces sans visage neutre et blanc sans aucune expression. L’image lui glaça le sang, mais pas autant que ce moment précis où elle remarqua une petite fille qu’elle reconnut sans difficulté. C’était elle qui reposait sur un de ces lits immaculés.






samedi 16 avril 2016

Complémentarité des contraires

Clameur de tonnerre en sol de friche, écho des trépassés dans le demain de son hier. La nuit tombait sur les épaules des marcheurs éperdus, épuisés et las. 

Le poids de la pénombre enveloppait d’un feutre noir et froid la peau de ceux qui s’éternisaient sur leur néant. Ce manteau acre et amer était commun à tous ceux qui n’en veulent plus. Et demain déjà, la vie tombe et meurt de son silence, de se voir ignorer. 

Le temps est un tourment qui s’écoule et effrite le cœur des hommes. Mille visages en larmes nappent le sol humide de ces chagrins communs et pourtant… la pluie ne lave et n’absout aucun péché, bien au contraire, le fait croître.

Qu'est-ce qu'un grain de lumière d'espoir si ce dernier est aussi créateur d'ombre? 

Alors, d'une prise de conscience, le dernier marcheur à l'âme vagabonde, sait et connait la pertinence de la collaboration complémentaire mixte des contraires. Comme quoi, la pureté n'aura et n'existera jamais. Et triste constat que tout est nécessaire, même ce qui heurte notre bonheur.