mercredi 26 décembre 2012

L'horloger


L’horloger de ma chute est patient, il œuvre avec toute la minutie de celui qui a le droit et le pouvoir d’attendre. Mieux, il est celui qui ordonne au temps, se fait répit, simple sursis devant l’éternité héritée.

Il observe et planifie chacune de ses attaques sur le seuil de ma déroute. Tressaillement du vieillissement prématuré. Chemin de la vision trouble, je m’égare le temps d’un engrenage défaillant, atteint au centre de son utilité. Déflagration de mes mécanismes intratemporels, distorsion de ma perception jusqu’à ce que le processeur des comportements adaptatifs joue son rôle. Équilibre en perte de détresse, mes pas foulent le sol de nouveau, ayant l'atout d'une fragilité en plus, assurance amoindrie.

Hésitante progression dans l’attente d’un assaut promis. Craintes en délire, appréhension du doute, mes certitudes et ma foi en meilleur s’amenuisent. Porte ouverte sur une peur de vivre dans les dédales d’une soumission assumée, mais incomprise. Soumis devant l’impuissance du plus grand et plus fort que soi. L’ombre du méfait borde mon allée sans chance de retour.

Rouage après rouage, ma vie s’égare en perte de repère, en perte de vitesse, détérioration de ma mécanique aux engrenages édentés, vacillant entre efficacité nulle et inutilité. Soupir du rêve d’un passé oublié. Table rase d’une identité assaillie par l’inconnu sans âme ni charité.

Fragilisé, brisé, j’erre en ralenti dans l’antre de l’attente. Brèche entre deux temps, j’étire les secondes. Peau meurtrie par les peurs rongées, je peine à cicatriser ma vie pansée. Courbé sous le poids du temps écoulé, goutte à goutte, je m’assèche de n’avoir rien à boire, rien à voir. Cécité de l’espérance.

L’horloger savoure ses effets à mon égard, triomphe de l’injustice face à cet ennemi invisible. Il a ce regard satisfait, il prépare à dose calculée son dernier assaut. Dernier rouage aux dents usées de mon souffle de vie, perte de vitesse dans l’inertie qui gagne ma route.

Contre temps à contrecœur, je ferme mes yeux rougis. Je toise dans le noir, l’invisible sur la ligne d’horizon, le temps n’a plus de corps, mais agit sur le mien. Contre coup d’une gourmandise de cet horloger ennuyé par son travail.

Dernier soupir face à mon regret, à mon reflet tamisé par l’usure du temps. Vestige d’un visage éclairé par l’ombre de son passage. Vie surpassée dans le statu quo de mon exil, je trépasse dans l’oubli de ce qu’a été ma condition terrestre.


1 commentaire:

  1. Ce sont les contrastes qui ressortent ici et qui font sourciller de belle façon la lectrice que je suis. ...goutte à goutte, je m'assèche...cicatriser ma vie pansée...perte de vitesse dans l'inertie...l'invisible sur la ligne d'horizon... le temps n'a plus de corps mais agit sur le mien...visage éclairé par l'ombre...

    L'impossible sommeil m'interdisant l'horizontal de mon lit.... je fus agréablement réjouie de te lire.

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