jeudi 5 février 2015

Désintox

Les silences profonds ont un goût d’abandon. Et mon palais fragile, trop habitué aux sucrés/salés, peine à se déglutir de cette indélicate amertume. Dentifrice, bains de bouche, bonbons mentholés, et toujours cette âcreté désagréable au fond de mon gosier. Alors je fais semblant. Je leurre mes papilles en me gavant de mauvais chocolats – de ceux qu’on trouve au rayon discount de ces trop grands supermarchés qui n’hésitent pas à vous vendre un vulgaire pâté pour un excellent foie gras à petit prix.
Je crois que je suis devenue boulimique de ces petites sucreries bien trop mielleuses. Mon corps en réclame toujours un peu plus. Ma tête aussi. A tel point que je me lis, dans dix ans, sur un quelconque réseau social, à quémander de ci, de là, quelques petites bouchées gourmandes pour régaler mon égocentrisme démesuré. Je m’imagine me travestir les mots pour une doucereuse friandise qui me ferait oublier jusque mes sincères premières rimes. Mendier les faux-semblants pour m’affriander au narcissisme. Prostituer mes écrits avec des ressentis qui ne sont pas les miens, pour quelques miettes d’un bon vieux pain aux graines de reconnaissances.
Je sais que je devrais me résonner, et pourtant, je n’arrive pas à penser autrement. J’ai besoin de cette drogue édulcorée pour me sentir vivante. Je dévore, j’engloutis, je m’empiffre et je ne gaspille jamais. J’ai parfois le sentiment d’avoir muée dans la peau nue de cette grenouille envieuse, qu’un Lafontaine a engraissé à coups de mots pour la faire ressembler au bœuf - ou tout du moins lui en donner un pâle aspect – et de la laisser se crever comme un vulgaire ballon de baudruche, sous l’œil tranquille d’une société aveugle de son suicide social.
Je suis moi-même sur le point d’exploser. Je dois donc éviter de trouver l’aiguille assassine dans la botte de foin et me fuir de tout objet meurtrier qui saurait me percer de son verbe tranchant. Peut-être devrais-je aussi faire une petite pause entre deux plats du jour…
Tant de questions, tant de doutes, et pas de réelles réponses. Le délicieux des confiseries tentantes ne sont là après tout que pour combler un ego et non pour me sauver. Il est grand temps que je prenne conscience de mon addiction totale à ce phénomène banal mais dangereux. Il est grand temps oui, que j’accepte l’invitation à dîner de ceux qui sauront me faire oublier cette méchante faiblesse.
Ce corps enflé et obèse est un reflet maudit dans le miroir de mon âme. Je ne suis pas ce corps. Les vitrines gourmandes des pâtisseries et autres boulangeries virtuelles – plus affriolantes, les unes que les autres – ont eues raison de ma fringale gloutonne.
Je vais bientôt devoir entrer en phase de désintoxication – quel mot difficile à écrire quand on entend les mots abstinence et solitudes qui lui sont imputés – une douloureuse épreuve qui, au moindre écart, me fera replonger dans une trop déchirante facilité.
Oserais-je appeler au secours ?
Mais appeler qui ?
Encore une manœuvre déguisée de mon vil appétit pour m’empêcher de penser. Parce que mon esprit, lui, sait où trouver de l’aide.
J’ai déjà surfé, par le passé,  sur les pages web de quelques sites généreux, qui sans l’aide précieuse d’un bon navigateur, serait encore dans l’ombre de mon écran. Parce que, croyez-moi, quoi que nous tapions sur nos claviers, les mots nous ramènent toujours dans les plus luxueux restaurants aux façades attractives et colorées – ces endroits faciles d’accès et populaires qui nous promettent toujours un menu haut de gamme aux mille saveurs diététiques.
Au milieu de tout ce déballage de nourriture, se cachent, entre deux feuilles de salades industrielles, quelques petits bouibouis qui ne payent pas vraiment de mine, mais dans lesquels se trouvent les mets les plus équilibrés et les plus adaptés à un régime social amical et sincère.
Au temps ou ma frénésie gourmande n’était pas encore devenue une drogue, j’avais noté quelques adresses et les avaient planquées précieusement dans un coin de mon cerveau fermé aux pensées égocentriques.

Aujourd’hui, il est donc temps de pousser la porte d’un de ces petits restos et de m’asseoir à la table modeste de ces amoureux des petits plats simples mais authentiques. Il est temps pour moi, de me laisser tenter à d’autres mets, moins appétissants, mais plus goûteux en fond de bouche. Ce sevrage va être dur, long, intense, éprouvant même… Mais nécessaire si je veux survivre à cette stupidité vomitive qui s’est subitement emparée de mes valeurs, au moment même où j’ai commencé à vivre.

1 commentaire:

  1. Manger... Manger... Mais on mange quoi au juste sinon que nous-mêmes et quand on flanche... On se punit à coup de recommencement tout en se dénigrant de ce que nous sommes en train de faire... Cercle vicieux dans ce qu'il est... La question demeure : Assumer cette dépendance ou la vivre en conflit permanent?

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